Theog., 253 et suiv
6. Interprétation de Preller, Griech, Mylhol., I, 433 (2« édit.).
soi MYTHOLOGIE DK LA GRÈGE ANTIQUE.
sa force et ^a douceur, son calme riant, son azur éclatant, la rapidité de SCS mou^rements; les cavernes où elle pénètre, les côtes et les îles qu'elle baigne, les plages de sable où elle vient mourir*. Quand nous parlons du jeu rapide des vagues qui viennent battre le rivage, et de leur bruit harmonieux, ce sont là des expressions mortes. Au moment où la brise enfle la mer, les Grecs disaient que les filles de Nérée sortaient des profondes demeures de leur père, qu'elles émergeaient à la surface des flots dans tout lYclat de leur candeur virginale, qu'elles abordaient sur les côtes, dans les baies ou aux bouches des fleuves, où elles formaient leurs chœurs de danse, où la terre et l'eau retentissaient du bruit de leurs chants. Gracieuses images qui exprimaient vivement le charme de la mer et l'impression de ses vagues harmonies*.
Un autre dieu marin qui |)arlage avec Nérée l'épithète d'SXioç yipiù^, dieu véridique et infaillible comme lui, c'est Protëe. Mais la légende de Protée n'est pas essentiellement grecque. Les marins qui avaient visité les côtes d'Egypte lui donnaic: t pour séjour l'ile de Pharos; ils le confondaient sans doute avec un Jieii égyptien de la mer, peut-être avec le dieu Nil. Euripide répétait, après Hérodote, que Protée avait eu une existence réelle et qu'il avait jadis régné sur l'Egypte*. Ce dieu étranger fut bientôt subordonné par les Grecs à Poséidon et considéré comme le pasteur des troupeaux du souverain de la mer. « Lorsque le soleil est arrivé au milieu du ciel, dit le poëte de VOdyssée^ alors le véridique vieillard sort des flots, au souffle du zéphyr, caché dans les sombres plis de la mer frémissante; au sortir de l'onde, il se couche sous l'abri d'une grotte profonde : autour de lui, les phoques, enfants de la belle Ualosydné (l'eau salée), dorment en troupes serrées, sortis des vagues écumantes, exhalant l'acre senteur de l'abîme salé*. » Protée exprime un nouvel aspect de la mer. C'est le dieu aux mille formes. Il ne se laisse enchaîner par Ménélas qu'après de nombreuses métamorphoses : il devient tour à tour a un lion à l'énorme crinière, un dragon, une panthère, un sanglier furieux, une onde limpide, un arbre au beau feuillage*. » Protée, c'est la vague fugitive, la vague insaisissable, qui prend les formes les plus diverses, les aspects les plus effrayants, jusqu'au moment où, enchaînée par le calme des vents, elle dort sur le
i. Theog., 240-205.
2. Cf. Ëurip., Iphig. Taur., 400; Iphig. Aul.^ 942; Androm.^ 1238, etc. Les Néréides étaient honorées au piedduPélion avec Tbétis et Pelée (Pausan., II, 1, 7), et à Kai*damyl(' sur la côte de Laconio (Pausan., III, 26, 5). La croyance aux Néréides, nymphes de la mer et des eaux, s'est conservée dans la Grèce moderne.