‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 273 sur 550 · Aeo^., 2G5 sqq · texte numérisé non relu

Aeo^., 2G5 sqq

haut des rochers d'Anthédon dans le canal d*Eubée\ le condamnait à errer sans cesse à travers les flots, autour des îles et des rochers, où son apparition rassurait tour à tour et épouvantait les marins. Les légendes diverses qui s'étaient groupées autour de ce personnage avaient été recueillies par les poètes de la bouche des hommes de mer : Eschyle avait trouvé dans ses aventures la matière d'un drame. Peu de mythes, en effet, sont aussi poétiques et aussi expressifs que le mythe de Glaucos, dont personne n'a mieux interprété les idées complexes, les aspects fugitifs et les vagues impressions que M. Renan', dans quelques belles pages de son Élude sur les Religions de VAnliquilé : pages où éclate un vif sentiment de la poésie de la mer, et que je ne puis résister au plaisir de citer en partie :

a Ceux qui ont passé leur enfance sur les bords de la mer savent combien d'associations d'idées profondes et poétiques se forment en présence du spectacle animé qu'offre le rivage. Glaucus est la personnification et le résumé de ces croyances et de ces impressions, un dieu créé par des matelots, en qui se résume toute la poésie de la vie marine, telle qu'elle apparaît à de pauvres gens. La vieillesse l'accable ; en proie au désespoir, il se précipite dans la mer et devient prophète ; prophète de malheur, triste vieillard, on le rencontre parfois, le corps tout appauvri par l'action des eaux, couvert de coquillages et de plantes marines'. Selon d'autres, il se précipita dans les vagues pour n'avoir pu prouver à personne son immortalité. Depuis ce temps, il revient chaque année visiter les rivages et les îles. Le soir, quand le vent s'annonce, Glaucus (c'est-à-dire le flot de couleur glauque) s'élève en prononçant de bruyants oracles. Les pécheurs se couchent au fond de leur barque, et cherchent par des jeunes, des prières et de l'encens, à détourner les maux qui les attendent. Glaucus cependant, monté sur un rocher, menace en langue éolique leurs champs et leurs troupeaux, et se lamente sur son immortalité. On contait aussi ses amours, amours tristes, malheureux, finissant comme un mauvais rêve. Il aima une belle vierge de mer, nommée Scylla ; un jour, espérant la toucher, il lui apporta des coquilles et de jeunes alcyons sans plumes pour l'amuser. Elle vit ses larmes et en eut pitié; mais Circé, par jalousie, empoisonna le bain de la jeune fille, et elle devint un monstre aboyant, personnification de l'horreur naturelle qu'inspirent les squales et les

i. PiUMo., IX, 22, 6. Cr. Slrab., VIII, 405.

2. Il ne faut pas oublier cependant que les pages de M. Renan ne font que résumer une solide étude de H. E. Vinct sur le Mythe de Glaucus et Scylla {Annal. Intt. Arch.. XV (1843), p. 144-205 ; Monum, Intl.ML 52-53). CX. (iaodechcns. Glaukoê, (1er Meergott (180t>).

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