Ibid., XIII
4. C'est ce qui a été démontré par M. Fick, Zeitschr. fur vergl. Sprachforschung, t. XXÏ (1873), p. 462et8uiv.
donc possible qu'à l'origine ce nom n'ait été qu'une épitliète appliquée au dieu qui amasse les nuages chargés de pluie et qui verse sur la terre les eaux du ciel. Ce mot aurait désigné les mêmes fonctions divines qui furent exprimées plus tard par Tépilhète d'cjA^pioç (pluvieux) qui est souvent donnée à Jupiter ; et quand les ancêtres des Grecs connurent la mer. ils auraient transporté le nom de Poséidon à la puissance divine qui habite la mer, le domaine des eaux par excellence. Celte signification générale du nom de Poséidon prouve en même temps qu'il est le dieu de l'élément liquide sous toutes ses formes, le dieu des fleuves qui arrosent et fécondent la terre, celui des sources qui jaillissent de son sein. Ce caractère de Poséidon domine dans certains mythes locaux du continent grec. Mais, pour les populations des côtes et des ile^, dont les poèmes homériques expriment surtout les croyances, il est uni^^ quement le roi de la mer.
Son habitation est un palais brillant, situé dans les profondeurs lumineuses des eaux. Au treizième chant de Ylliade. Poséidon, qui, du haut des sommets de Samothrace, contemplait les grandes luttes engagées sous les remparts de Troie, abandonne tout à coup son poste d'observation : a il descend des sommets escarpés d'un pas rapide. La haute montagne et la forêt tremblent sous les pieds du dieu immortel, de Poséidon qui s'avance. Il a fait trois pas; au quatrième il atteint le but : c'est JEgœ (M-^ai) où , dans les profondeurs de la mer, s'élèvent ses belles demeures ; demeures brillantes, étincelantes, éternelles ^ » Les Grecs plaçaient ce séjour divin de Poséidon tour à tour sur la côte d'Achaïe, sur celle d'Eubée, sur celle d'Éolie, en face de Lesbos. En réalité, comme le remarque Preller, le palais d'iEgae ne peut avoir aucune position géographique : ce n'est qu'une périphrase qui exprime le mouvement impétueux des vagues. Le nom de la ville d'iEgion, sur le golfe de Corinthe, celui de Tile d'Égine, celui de la mer Egée, n'ont pas d'autre sens*. On plaçait également le palais de Poséidon à Héliké, et l'on donnait quelquefois au dieu le surnom d"EXixa)vioç. Héliké est une ville de la côte d'Achaïe qui fut détruite, deux ans avant la bataille de Leuctres, par une trombe marine accompagnée d'un tremblement de terre. Mais le culte que cette ville rendait à Poséidon ne suffit pas à expliquer la tradition qui l'assignait au dieu pour séjour. L'étymologie de ce mot, comme celle d'iEgse, exprime encore un des mille aspects de la mer. Héliké, c'est la vague qui tournoie (sXiJdo)) en écumant.
i. lliad., XIII, 21.
ï. Cf. alftuXài, le rivige battu par les Ilot» ; aly««, les grosses vagues. Comme le même mot signifie < chèvres >, il est à supposer que les Grecs avaionl comparé les vagues marines à un troupeau de chèvres bondissantes
quand elle a été reFoulée par les rochers et par les écueils qu'elle vient frapper.
En pleine mer, les vagues que, du fond de Thorizon, on voit accourir, quand le vent s'élève, rapides et pressées, hérissées d'écume, étaient, dans le langage poétique des premiers Grecs, des chevaux impétueux secouant leur flottante crinière. Aussi Poséidon a-t-il un char et des coursiers. « Arrivé à iEgse, le dieu place sous le joug ses chevaux aux pieds d'airain, au vol rapide, à l'abondante crinière d'or. Luimême il revêt son armure d'or, saisit un fouet brillant, d'un travail merveilleux, monte sur son char et le lance sur les flots. Au-dessous de lui bondissaient les monstres sortis en foule de leuf retraite et reconnaissant leur souverain. La mer, pénétrée de joie, s'ouvrait sur son passage; les chevaux volaient rapidement et, sur leur route, Ponde ne mouillait pas l'essieu d'airain K » — Ce passage de Poséidon, c'est le frémissement de la mer lumineuse de Grèce au souffle d'une brise légère ; frémissement qui, de proche en proche, gagne les dernières limites de l'horizon où il se perd au sein d'une vapeur dorée. Certaines cpilhètes de Poséidon rappelaient encore la majestueuse immensité de la mer. On disait de lui qu'il était le dieu sôpuxpeiojv ou eupufjiédcov (au vaste empire), le dieu ejpjTrspvo^ (à la large poitrine). Quelquefois il était, comme Nérée, le dieu de la navigation facile, celui qui apaise les flots et endort leurs, colères. C'est pour cela que le dauphin lui était consacré. En Grèce, quand la mer est tranquille et lumineuse, le soir surtout, avant le coucher du soleil, il n'est pas rare de voir des troupes de dauphins bondir et s'ébattre à la surface, tout près des navires. Leur apparition est un signe et une promesse de beau temps. Il n*est donc pas étonnant que les Grecs aient fait de ces animaux de merveilleux sauveurs qui soustraient les hommes aux dangers de la mer, qui portent Taras et Arion sur leur dos pour les déposer à la côte. Le dauphin sauveur, c'est le symbole de la mer redevenue calme après l'orage, et qui porte doucement le navigateur au terme de son voyage.
Le plus souvent cependant, Poséidon était conçu comme un dieu farouche, intraitable, aux bruyantes colères *. Sa sombre chevelure ' était l'image des vagues noircies par la tempête. Dans VOdyssée, c*est lui qui, pour perdre Ulysse, rassemble les nuages, soulève les flots et déchaîne les vents ^. Pendant les guerres médiques, on lui attribua la destruction de la flotle perse près du promontoire Sèpias, où il fut dé-