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s'étaient faite les Grecs de l'action que les eaux exercent sur la terre.
Cette action, dont les côtes helléniques, si profondément découpées, offrent tant de traces, n'était pas moins frappante dans certaines parties du continent où les eaux s'amassent dans des bassins fermés pour y former des lacs. Les routes que les eaux s'étaient frayées dans le roc avec le temps, pour aller se déverser dans la mer, pouvaient être considérées comme le travail du divin ouvrier, Poséidon. C'était lui qu'on honorait, non-seulement sur les côtes telles que celles du cap Malée et du TénareS qui sont de gigantesques constructions de rochers, mais dans tous les pays qui étaient ou avaient jadis été occupés parles eaux. Poséidon était un des dieux principaux des Minyens. Minyas , le père delà i*ace, passait pour être le fils du dieu. Or, les Minyens ont d'abord occupé la Thessalie, dont la vaste et riche plaine avait été pendant longtemps un lac. Achseos, Phthios, Pélasgos, chefs légendaires d'autre» tribus thessa tiennes, étaient également considérés comme les enfants du dieu. Poséidon, disait-on, avait été le père d'iEolos et de Bœotos. En Béotie, en effet, le culte de Poséidon était très-ancien, aussi bien danslaThèbes cadméenneque dans la minyenne Orchomène*. Cette contrée de la Grèce, avec l'abondance de ses eaux, son vaste bassin du Copaïs, qui est un marécage pendant une partie de l'année, et ses deux lacs secondaires, n'était-elle pas plus qu'une autre l'empire de Poséidon ? De même, l'existence du culte de Poséidon en Arcadie, et les légendes qu'on y racontait au sujet de son union avec Dèmèter, s'expliquent facilement, comme nous le remarquerons plus tard, par la constitution géologique de ce pays. La vue du marais Stymphale, du sombre lac de Phénée et des catavothres où s'engouffrent leurs eaux, avait suggéré aux Grecs l'idée de la violence que l'eau fait à la terre, ou, en langage mythologique, que Poséidon fait à Dèmèter. En un mot, le spectacle de la nature grecque suffit a expliquer le culte dont Poséidon était l'objet dans plusieurs parties du continent.
Pour les populations continentales Poséidon n'était pas seulement le dieu des lacs : d'une façon plus générale encore, il était, dans certains endroits, le dieu de toutes les çaux qui fécondent le sol. Cette heureuse union de l*eau et de la terre, d'où naissent les fruits nourriciers de la vie humaine, s'exprimait, dans le langage mythique, par l'image du commerce amoureux de Poséidon avec des nymphes ou avec des filles de personnages fabuleux. L'Argolide, pays sec, où l'eau est un ina{)préciable bienfait, était surtout riche en légendes de ce
i. Pausan., 111, 25, 4.
2. Poséidon était honoré à Onclieslc, au sud du lac, avant les temps homériques (Uiad*, U,500; cf. Pausan., IX, 37, 7).
genre. A Trézène, on racontait que le premier habitant du pays, Horos, avait eu une fille nommée Lèïs, Lèïs (la terre labourée), fécondée par Poséidon, avait donné le jour kAUhèpos^ c'est-à-dire au fruit alimentaire ^ A Argos, une idée analogue formait le fond de la gracieuse légende de Poséidon et d*-4/nymo?iè.
D'après Apollodore, ', Danaos, arrivant en Argolide, trouva le pays complètement desséché par l'eflet de la colère de Poséidon contre Inachos. Il envoya donc ses filles dans différentes directions à la recherche de Teau. L'une d'entre elles, Amymonè, rencontra, chemin faisant, un cerf auquel elle décocha une llèche ; mais le trait, manquant son but, atteignit un Satyre endormi qui se précipita sur la jeune fille. 11 allait lui faire violence, quand tout à coup Poséidon apparaît, dégage Amymonè des étreintes du Satyre, conquiert son amour, et, en récompense, lui indique les sources de Lerne. — La même fable, dans le récit d'IIygin', renferme des détails encore plus caractéristiques. Amymonè était endormie quand le Satyre voulut abuser d'elle. Aux cris poussés par la jeune fille, Poséidon accourt, et, pour punir la brutalité du Satyre, il lance contre lui son trident; mais le trident va s'enfoncer dans la roche voisine. En le retirant, le dieu fait jaillir trois filets d'eau, qui deviennent la fontaine de Lerne. Cette fontaine, c'est Amymonè, « l'irréprochable », c'est-à-dire sans doute la source intarissable. Légende favorite des artistes grecs, qui avaient souvent représenté sur les vases peints et sur les gemmes, soit la poursuite amoureuse de Poséidon étendant les mains vers la fille de Danaos, en présence d'Éros et d'Aphrodite (fig. 92), soit l'image d'Amymonè vaincue qui se tient debout, la tête inclinée, une urne à la main, à côté du dieu armé de son trident, et le pied appuyé contre un rocher* (fig. 93).
Près de Trézène également, le dieu avait un temple où il était honoré sous le nom de fjTaX[jL'.o; (nourricier des plantes). Autrefois irrité contre les habitants du pays, il rendait improductives toutes les semences qui étaient conliées au sol, en y infiltrant de l'eau salée. Mais les prières qu'on lui avait adressées et les honneurs dont il était devenu l'objet avaient apaisé sa colère. L'eau de la mer s'était retirée, et, à la place qu'elle occupait, avait grandi une merveilleuse végétation*. Là encore Poséidon était donc considéré, d'une façon inlirecte, comme un agent fécondant de la terre.