‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 287 sur 550 · ApoDon., IV, 1552 sqq. Cf. Mcrodol., IV · texte numérisé non relu

ApoDon., IV, 1552 sqq. Cf. Mcrodol., IV

gigantesque, c'est un dieu redoutable * : image de l'élément terrible et de ses furieuses colères. Triton exprime surtout, en effet, le mugissement de la mer soulevée. Son attribut ordinaire est une de ces coquilles marines où l'on croit entendre, quand on les approche de l'oreille, le bruissement lointain des flots. Cette conque est l'instrument musical de Triton : quand elle est enflée de son souille, il s'en échappe des sons d'une merveilleuse puissance. L'art humain ne saurait entrer en lutte avec cette musique divine. Misène, le compagnon d'iEnée, a été précipité dans les flots par Triton, poyr avoir osé rivaliser avec lui en faisant retentir les éclats de sa trompette '. Pendant le combat des Géants, le bruit épouvantable de la conque de Triton avait mis en fuite les ennemis des dieux'. Ce sont les harmonies sauvages de la mer dont rien n'égale l'irrésistible puissance.

Triton d'ailleurs se distingue de tous les autres dieux de la mer par la forme que lui ont attribuée les poètes et les artistes. Son buste est celui de l'homme ; la partie inférieure de son corps est celle des monstres marins qui lui font cortège*. Avec le temps, Triton se multiplia. De même que, sur terre, l'imagination grecque avait créé plusieurs Silènes et donné de nombreux enfants au dieu Pan, elle peupla Fabîme des eaux d'une foule de Tritons, qui, avec les Néréides, forment un chœur gracieux, escorte ordinaire des deux grandes divinités de l'empire des mers. Dans cet ensemble, les Tritons sont, par leur forme, des types intermédiaires entre les ligures humaines de Poséidon et d'Âmphitrite et les formes animales des Centaures marins, des dragons, des hippocampes : représentation fantastique des habitants de la mer, dont les mouvements brusques, les rapides repHs, les aspects changeants, laissaient toute liberté à l'invention des artistes qui essayaient de fixer sur l'airain ou sur le marbre leurs formes fugitives et leurs souplesses onduleuses.

D'autres habitants de la mer avaient leur place dans la mythologie grecque. C'étaient ces oiseaux qu'on voit quelquefois voler à la suite des navires, rasant les flots de leurs ailes blanches, avec' des cris plaintifs et des voix mélancoliques. Quand Ulysse, seul sur son radeau, sent ses forces défaillir sous l'effort de la tempêté, il voit tout à coup sortir du sein des vagues un plongeon, qui vient se poser auprès de lui sur la fréle embarcation. Ce plongeon est une divinité bienveil-

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