YoirNaury, Religiotts de la Grèce. III
7. Sur les Sirènes, voir Cerqunnd, Étudet de mylhol. grecque, Paris, Didier, 1873.
un jour avaient voulu provoquer les Muses : mais cette lutte musicale avait tourné à leur confusion. Les Muses victorieuses leur avaient arraché les plumes pour s'en faire des couronnes ^ Cette légende témoigne de la communauté d'attributions qui unissait ces deux groupes de divinités. Elles avaient également en partage le don des chants harmonieux; elles étaient également des génies des eaux. Qnand le culte des Muses {lit apporté du continent dans Tile de Crète, il se trouva en présence d'une croyance analogue. De là une lutte où les Muses furent victorieuses, c'est-à-dire où leur religion parvint à remplacer en Crète celle des Sirènes. Celles-ci conservèrent le don musical, mais, en abandonnant le continent pour devenir des Muses de la mer, elles se changèrent en génies malfaisants, habitant les côtes escarpées et les écueils, où elles attiraient les vaisseaux par leurs chants *.
Les Grecs plaçaient le séjour des Sirènes du côté de l'Occident, sur les côtes de l'Italie méridionale, particulièrement à l'entrée du détroit de Sicile, passage redouté des navigateurs. C'est là, on s'en souvient, qu'Ulysse et ses compagnons rencontrent les Sirènes : divinités perfides, au charme fatal, aux séductions meurtrières, qui attirent à elles, d'un enchantement irrésistible, quiconque a eu l'imprudence de ne pas les fuir. « Tout navigateur qui s'en est approche oublie, à entendre leur voix, et sa patrie, et la femme et les enfants qui l'attendent au retour. » Il court vers elles, mais c'est pour y trouver la moii, car dans les prés fleuris où les Sirènes sont assises se dressent des monceaux d'ossements, débris de mille victimes humaines'. Ce saisissant contraste est celui qu'ofl're la mer elle-même avec ses séductions trompeuses et ses périls cachés : c'est son calme perfide; c'est sa surface, brillante et polie comme un miroir, qui, près des côtes, recouvre les écueils, le naufrage et la mort. 11 n'est donc pas étonnant que les Sirènes soient en relation avec les divinités infernales. D'après certaines versions de la légende de Perséphone, les Sirènes jouaient avec la vierge divine dans les prairies d'Âchéloos quand la terre s'entr'ouvrit et apparut le ravisseur. Après l'enlèvement, elles volèrent à la recherche de Corè et sur terre et sur mer, et elles vinrent enfin s'abattre sur les côtes de Sicile où elles fixèrent désormais leur séjour*. Chez Euripide, Hélène désespérée, résolue à s'ôter la vie, invoque les Sirènes comme des divinités chthoniennes; elle les supplie de mêler leui*s accents harmonieux au bruit de ses gémissements et de ses larmes, d'accompagner de leur
i. Pnusan., IX, 54, 5. Stcph. Byz. v. "Anvipu. 2. Voir notre Ihèse sur les Miues, p. 3<3. 5. 0(liJ89., XII, SOsqq. ; 158 8C]q.