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UIVfNlTÉS DB LA HER. — LES SIRÈNES- 319
elle se ilécliainc, taiitAt brise les navires contre les pointes des écueits et les murailles de rochers, tantôt les abinie dans ses redoutables tournants. VOdifssée nous Tait de ces deux monstres une saisissante peinture. « Là, dit Circé à Ulysse, se trouvent deux rochers. L'un porte jusqu'au ciel sa cime aiguë, toujours enveloppée d'un nuage sombre que rien ne dissipe... Jamais mortel, eût-il vingt bras et vingt pieds, ne pourrait gravir ni escalader cette roche, lisse comme si elle eût été polie de tous ciïtés. Au milieu du récif, s'ouvre une sombre
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caverne tournée vers les ténèbres de l'Érèbe. C'est là qu'habite Scylla, monstre farouche dont la voix grêle est comme les aboiements d'un jeune chien... Douze pieds soutiennent son corps, d'où s'allongent six cous et six têtes horribles. De triples rangées de dents, nombreuses et serrées, remplissent ses gueules, séjour de la sombre mort. Son corps est jusqu'à la ceinture au fond du gouffre ; elle n'en fait sortir que ses tètes, et, plongeant autour de l'ccueil, elle pèche des dauphins, des chiens de mer, et ceux qu'elle peut saisir des monstres énormes noums par la bruyante Amphilrile. Quels marins pourraient se vanter d'avoir passé à sa portée sains et saufs, avec un vaisseau? Chacune de ses (êtes emporte et arrache un homme dos bancs du navire', » Quand le vaisseau d'Ulysse approche de Scylla, six de ses compagnons sont aussitôt saisis par le monstre, comme ces poissons que le pécheur enlève rapidement au bout de sa ligne pour les jeter palpitants sur le rivage. Scylla les dévore au seuil de sa cav|>rne.
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L'autre monstre n'est pas moins redoutable. « La divine Charybde engloutit avec un fracas terrible les flots de Tonde amère. Lorsqu'elle les vomit, Teau bouillonne en mugissant comme un bassin sur un brasier ardent, et réeume qui jaillit retombe sur les deux écueils. Quand elle les absorbe, la mer est agitée jusque dans ses profondeurs ; la roche à Tentour retentit avec un bruit terrible, et Teau qui s'entr'ouvre laisse apercevoir la terre et un sable de sombre couleur' ». Les navires qui s'approchent d'elle sont aussitôt enveloppés dans ses tourbillons et précipités au fond de Tabime.
Ces deux monstres n'étaient que l'expression poétique du double péril qui attendait au passage du détroit de Sicile les navigateurs, exposés à être perdus dans un tournant, ou à se briser contre un écueil. Mais, si Charybde est une simple image empruntée au spectacle des dangers de la mer, Scylla a une légende ; ou plutôt, différentes histoires poétiques se sont groupées autour d'elle. On faisait d'elle la fille de Phorkys, dieu marin aussi redoutable aux hommes que Nérée leur est bienveillant, ou encore la fille de Krataèïs (la mer violente), « qui l'a enfantée pour être le fléau des mortels*. » Elle avait sa place dans la légende d'Hercule. Quand celui-ci traversa le détroit de Sicile avec le troupeau de Géryon, Scylla, qui avait enlevé et dévoré un de ses bœufs, fut tuée par le héros ; mais son père Phorkys la rappela bientôt à une vie nouvelle, en consumant son corps dans les flammes'. D'après Stésichore, Scylla était une fille de La/ma; autre monstre dévorant dont la fable paraît originaire de la Libye*. Lamia avait été, en ce pays, une reine d'une admirable beauté. Ayant eu le malheur de perdre tous ses enfants, son caractère s'aigrit et sa raison s'égara : jalouse du bonheur de toutes les mèr<îs, elle leur arrachait leurs enfants pour les mettre à mort*. Depuis ce temps, elle devint un monstre ravisseur, au sujet duquel les nourrices racontaient, de génération en génération , d'effrayantes histoires • : épouvantait des enfants grecs et romains, qui rappelle notre Croquemitaine, nos loups-garous et nos vampires. Dans les traditions postérieures, le caractère monstrueux de Scylla n'est qu'une métamo^phose^ Scylla avait été, à l'origine, une belle vierge de la mer", aimée soit de Glaucos, soit de Poséidon, et