Virg. ^11., ni
qui devait sa transformation à la jalousie de Circé ou d'Amphitrite.
En Mégaride, une autre tradition avait cours au sujet de Scylla : tradition assez différente de celles qui précèdent, mais qui appartient comme elles au cycle des légendes de la mer. Le Cretois Minos, disait-on, étant venu assiéger Mégare pour venger la mort d'Androgée, Scylla, fille du roi Nisos, s'éprit d'amour pour lui. Voulant assurer la victoire au héros crétois et conquérir son amour, elle enleva sur la tête de son père le cheveu de pourpre d'où dépendaient sa vie et le salut de son royaume. Minos vainqueur eut horreur de cette trahison; en quit« tant Mégare, il attacha Scylla à la proue de son vaisseau d'où elle tomba dans les flots du golfe Saronique. Là, suivant différentes versions, son corps aborda au promontoire Skyllseon où il resta sans sépulture et fut déchiré par les oiseaux^ ; ou bien, longtemps traînée à travers les flots, elle se transforma en un monstre marin ; ou encore , elle devint un oi« seau de mer, le cirisy à la poursuite duquel est sans cesse attaché Taigle, forme nouvelle de son père Nisos*. On voit que cette seconde Scylla ressemble peu à celle de VOdyssée, avec laquelle Virgile parait cependant la confondre'.
Il faut également ranger parmi les puissances divines de la mer les habitants de ces contrées merveilleuses, situées sur les côtes occidentales de rOcéan, où est .contraint d'aborder Ulysse avant de pouvoir rentrer à Ithaque : en particulier les Cyclopes et les Phéaciens. Les Cyclopes, d'après le lexte homérique, sont des êtres divins, comme les Phéaciens, dont Welcker a depuis longtemps démontré le caractère mythique*. « Quand nous sacrifions de magnifiques hécatombes, dit Alcinoos à Ulysse, les dieux viennent s'asseoir à notre table et prennent part à notre festin. Nous sommes en effet tout près des dieux, comme les Cyclopes et les sauvages tribus des Géants *. » Les Géants, suivant la tradition de V Odyssée^ ont eu pour roi Eurymédon ® (celui dont la puissance s^étend au large), nom qui sert souvent d'épithète à Poséidon. Une fille d'Eurymédon, Périboïa (la clameur retentissante des vagues), s'était unie à Poséidon pour donner le jour à Nausithoos (l'homme aux vaisseaux rapides), premier roi des Phéaciens"^. Ces généalogies ne nous permettent guère de douter que ces êtres merveilleux soient des per-
\. Pausan., II, 34, 7.
2. C'est le sujet du petit iweiiie attribué à Virgile, le Ciris. Cf. Georg.^ I, 404.