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saieni pas de pleuvoir, qui semblaient inépuisables? Il y avait donc quelque part un immense réservoir qui fournissait indéfiniment à la terre Teau qui lui était nécessaire. Or, c'est à Thorizon que les nuages semblent naître et se développer — Il était donc naturel de supposer à Thorizon un grand réservoir plein de liquide. Les anciens croyaient la terre ronde et plate ; le ciel couvert était pour eux une calotte hémisphérique nuageuse, appuyée sur le bord de la circonférence terrestre. Donc, autour de la terre, toute une ceinture liquide d'où sortaient les nuages. Les Grecs appelèrent 'ûxsavé; ce réservoir circulaire*. »
L'idée simple de la fécondité des eaux pluviales explique le caractère cosmogonique attribué de bonne heure à l'Océan. Chez Homère, l'Océan est déjà ce qu'il sera plus tard pour Heraclite : le premier principe, l'élément créateur de toutes choses. Il est « le père des dieux*. » Mais l'imagination grecque ne pouvait se représenter la génération des êtres que comme le résultat d'un accouplement divin. De là une dyade primitive, analogue à celle du Ciel et de la Terre. Cette dyade se compose d'un père qui est Océan et d'une mère qui estTèlhys*. Tèlhys, la nour- '' rice*, c'est Teau considérée dans son action fécondante. Son union
avec Océan a, en effet, donné naissance aux trois mille fleuves et aux trois mille nymphes dont parle le poète de la Théogonie.
Le culte des fleuves nourriciers qui arrosent le sol remonte aux origines mêmes de notre race. Dans le Rig-Véda, les eaux qui tombent du ciel, ou celles qui coulent à la surface de la terre, sont déjà divinisées : elles y sont fréquemment invoquées comme des puissances bienfaisantes et salutaires ^. Ce sentiment de religieuse reconnaissance, qui a inspiré à nos premiers aïeux la pensée d'honorer les eaux comme des divinités, se comprend facilement ; mais il ne s'explique nulle part mieux qu'en Grèce. Nous, habitants de l'Occident, d'un sol fréquemment détrempé par les pluies et abreuvé par mille rivières, nous comprenons difficilement quelle est la valeur de l'eau pour certaines populations de l'Orient, pour les Grecs en particulier. Dans un pays où, pendant six mois de l'année, la pluie ne tombe pas, où même en hiver elle est rare, où la neige ne couvre que les plus hauts
i. VOcéan des anciens {Revtte Archéol., 4877). M. Ploix propose diexpliquer de la môme façon la samudra du Uig-Véda, et les rivières fabuleuses dont il est si souvent question dans les hymmes : la Gangâ céleste et la Sarnsvati.