Ibid
4. Cf. TîjOij, nourrice. R. Ox, idée de nourriture. Cf. Theog.,ôôl.
5. Hig-iyda, trad. I.anglois, t. I. p. 38; t. IV, p. 305. Sur le culte des oaux chez les Gaulois, les Germains, les Slaves, voir les témoignages recueillis par M. Maury, Heligions de la Grèce, I, p. 154-155.
sommets des montagnes, dans un pays aride où Ton peut voyager une journée entière sans rencontrer une fontiine, on conçoit que l'eau soit non-seulement chose précieuse, mais qu'elle soit la condition même de l'existence humaine. On se rend compte alors de Timpression que les Grecs primitifs durent éprouver en face des sources des fleuves : sources profondes, abondantes, intarissables. Cette eau qui jaillit du sein de la terre sans qu'on sache d'où elle vient, infatigable dans sa perpétuelle activité, les mettait en présence d'une force inconnue, d'une énergie mystérieuse de la nature. Ce spectacle éveillait nécessairement en eux le sentiment du divin. Le fleuve, en effet, voit la nature entière se renouveler sur ses bords, les plantes et les arbres qui croissent près de ses rives périr et renaître tour à tour, les générations d'hommes et d'animaux qui s'abreuvent à ses eaux passer et mourir ; lui cependant, doué d'une vie inaltérable, coule sans relâche et sans épuisement de sa source. On peut donc dire, en un sens, que le fleuve est éternel. Les Grecs ajoutaient : il est divin, il est un dieu ; et ils lui consacraient des sanctuaires et des autels sous les bosquets verdoyants entretenus par l'abondance et la fraîcheur de ses eaux.
Les fleuves sont les fils de l'Océan, ou encore les fils de Zeus (cioTpsçsiç, BisTCSTgTç), c'est-à-dire des eaux qui tombent du ciel. Comme ils fécondent le sol, l'homme leur doit en partie les fruits de la terre dont il fait sa subsistance. Un les considérait donc quelquefois comme les pères nourriciers de la jeunesse qui, dans certaines parties de la Grèce, leur rendait un culte particulier. En Arcadie, les jeunes garçons et les jeunes filles se réunissaient tous les ans, à un jour solennel, sur les bords de la Néda, pour y couper leur chevelure dont ils faisaient hommage à la rivière^ Cette coutume remonte aux premiers temps de la Grèce. Nous en trouvons un témoignage curieux au vingt-troisième chant de Vlliade. Achille, inconsolable de l^ mort de Patrocle, se décide enfin à se séparer du corps de son ami et à lui rendre les derniers honneurs. Il ordonne à ses compagnons d'élever un bûcher pour y brûler ses restes. Pendant que les guerriers sont occupés à ce devoir funèbre, Achille les quitte tout à coup ; il va à l'écart, et il coupe sa chevelure, sa blonde chevelure, sa chevelure florissante qu'il avait laissée croître depuis son départ pour Troie. Il revient ensuite ; et là, sur le bord de la mer, les regards fixés sur les sombres vagues, tourné dans la direction de son pays, que ses yeux ne voient pas, mais que son cœur pressent derrière^les limites extrêmes de l'horizon, il prononce les paroles suivantes, en s'adressant au Sperchios,