Pausnii., Vlll
au fleuve qui arrose les campagnes de cette patrie qu^il ne doit plus revoir : a 0 Sperchios*, mon père Pelée t'avait fait un vœu inutile. Il avait promis qu*à mon retour l»à-bas, sur le sol de ma chère patrie» je couperais ma chevelure en ton honneur, je t'offrirais une sainte hécatombe avec cinquante béliers magnifiques, près de tes sources, là où se trouve ton enceinte sacrée et ton autel parfumé d'encens. Tels furent les vœux du vieillard ; mais tu n'as point exaucé sa prière. Maintenant, puisque je ne reviendrai pas dans ma terre natale, je veux donner ma chevelure au héros Palrocle pour qu'il l'emporte avec lui. » A ces mots, il dépose sa chevelure entre les mains de son ami. Ce spectacle arrache des gémissements à tous les Grecs ^ — Cette offrande touchante montre bien quelles idées religieuses les fleuves éveillaient dans l'àme des Grecs, qui allaient jusqu'à leur sacrifier Jour chevelure, parure nécessaire de cette beauté physique dont ils étaient si fiers.
Puissances bienfaisantes et salutaires, les fleuves étaient conçus comme les rois primitifs des pays qu'ils arrosent, comme les pères des races humaines qui avaient grandi et s'étaient propagées sur leurs bords. C'est en ce sens qu'à Argos on rendait des honneurs divins à rinachos; en Béotie, à l'Asopos et au Céphise; en Thessalie, au Pénée. On croyait trouver aussi dans leurs eaux une vertu de purification analogue à celle qu'on venait chercher dans les sanctuaires d'Apollon. « Ne traversez jamais, dit Hésiode*, les eaux des fleuves au cours éternel, avant d'avoir prononcé une prière, les yeux fixés sur leurs magnifiques courants, avant d'avoir trempé vos mains dans Ponde agréable et limpide. Celui qui franchit un fleuve sans purifier ses mains du mal dont elles sont souillées attire sur lui la colère des dieux, qui lui envoient par la suite de terribles châtiments. » C'est la croyance à la purification par l'eau ; croyance qui a survécu au paganisme.
Les formes sous lesquelles on se représentait ces êtres divins^ s'expliquent facilement par les impressions qu'avaient produites sur les Grecs le spectacle du cours des fleuves. Les sinuosités d'une tranquille rivière dont les replis se déroulent au fond d'une vallée leur rappelaient la démarche tortueuse du dragon ou du serpent. Le torrent qui descend des montagnes avec fracas, et, dans sa course déchaînée, entraîne et ravage tout, leur rappelait le taureau, son impétuosité, sesmugisse-
\. //iarf., XXIII, 141, sqq.