Odyss.. XIII, 102, sqq
raflirme Strabon, n'ait jamais existé que dans Tesprii du poëte homérique ; les détails de cette description n'en sont pas moins expressifs. Dans toutes les parties de la Grèce, les cavernes dont la voûte humide distille Teau goutte à goutte pour former quelquefois des stalactites, surtout les grottes et les anfractuosités des rochers d*où jaillissent les sources, étaient la demeure naturelle des Naïades, les vierges des eaux courantes. Le miel des abeilles est une image encore employée aujourd'hui par les Grecs pour exprimer la qualité des meilleures sources, celles dont l'eau est la plus douce à boire. Et les étoffes purpurines que tissent les Nymphes ne sont-elles pas la traduction poétique des brillants effets de lumière dont se colore le cristal d'un ruisseau, glissant ou bondissant sur son lit de rochers? Toutes les riantes impressions qu'avait pu éveiller dans l'esprit des Grecs la vue d'une source limpide, d'une eau vive qui court en murmurant au fond d'une vallée, le bruit d'un torrent qui descend avec fracas de la montagne, s'étaient traduites dans la légende des Nymphes. Vierges délicates, au corps d'une blancheur éclatante et d'une attrayante beauté, à la tcte couronnée de fleurs printanières ; vierges rieuses et sautillantes, amies des jeux et de la danse ; vierges musicales qui font retentir de leurs chants l'écho des bois. L'harmonie naturelle des eaux où elles se jouent les rapproche ainsi du dieu Pan^ et surtout des Muses, qui sont de leur famille.
L'heureuse action que les eaux exercent sur la végétation devait faire attribuer aux Nymphes une puissance nourricière et fécondante. Ce sont elles qui, dans le libre domaine de la nature agreste, ont élevé l'enfance d'Hermès, de Dionysos, de plusieurs autres dieux. Unies à des mortels, elles ont donné le jour à quelques-uns des ancêtres des premières races humaines qui ont grandi dans le voisinage des eaux où les hommes, les animaux et la terre s'abreuvent à la fois pour y puiser la vie. Par suite, elles devinrent les protectrices de la jeunesse à la verte et vigoureuse croissance, surtout des jeunes filles et des fiancées dont le nom grec (vujxçai) est identique au leur, et qui, avant la cérémonie de rhymen, ne manquaient jamais de se plonger dans l'eau de certaines fontaines sacrées ^ Cette eau donnait sans doute aux femmes le privilège de la fécondité et d'une longue jeunesse : en purgeant leur corps de toute souillure, elle leur assurait la santé. La croyance à la vertu purificatrice des eaux, croyance qui était générale dans l'antiquité^ et