‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 304 sur 550 · Scliol., Arisloph., Pax, 1071. Tzclz., hjcophr · texte numérisé non relu

Scliol., Arisloph., Pax, 1071. Tzclz., hjcophr

7. J'orphyro [Antr. Nymph.^ 8) cite co passage d'un hymne à Apollon pour établir que les antres étaient consacrt'^s aux Nymphes, particulièrement h colles des eaux.

Divinités du délire prophétique, les Nymphes, qui égarent l'esprit de riiommc, sont, comme nos fées du moyen âge, des charmeuses et des enchanteuses. Douées d'un irrésistible pouvoir de séduction, elles attirent à elles quiconque s'approche trop près de leur humide séjour. Dans toute l'Europe, les traditions populaires racontaient jadis comment des fées, des nixes ou des ondines, avaient ravi de beaux adolescents et les avaient entraînés sous les Ilots, comment les vierges à la verte chevelure prenaient les yeux indiscrets qui se fixaient imprudemment sur le lieu de leur retraite. Le charme des eaux profondes, charme mêlé d'effroi pour les imaginations enfantines, leur attraction vertigineuse pour qui les contemple longtemps, le désir inconscient qu'elles inspirent d'entrer dans leur sein, de pénétrer leurs secrets, leur fascination irrévsistible, leurs voluptés mortelles s'expriment, en Grèce, dans la légende d7/i//fls, dont André Chénicr, après Théocrile et Apollonius, nous a rendu toute la gracieuse poésie.

Quand les Argonautes abordèrent dans la Propontide à la côte de Bithynie, le jeune Hylas, favori et compagnon d'Hercule, fut envoyé à la recherche d'une source pour y puiser l'eau nécessaire aux festins des héros. Sous un bosquet verdoyant où le sol est émaillé de fleurs brillantes, il aperçoit une fontaine dont la fraîcheur et la limpidité l'attirent. Il s'approche, se penche a la surface des eaux et y plonge son urne. Mais les divines habitantes de la source ont vu le bel adolescent. Elles sortent des roseaux touffus où elles s'abritaient, fendent les flots et entraînent Hylas par la main au fond de leur brillante demeure, où par mille caresses elles essayent de calmer son effroi. Cependant Hercule, inquiet, court çà et là à la recherche de son jeune compagnon; il l'appelle à trois fois; mais la voix d'Hylas, qui veut lui répondre, se perd au sein des eaux où il vient de descendre*. La légende ajoutait que le héros avait menacé de ravager toute la contrée, si l'on ne découvrait Hylas, mort ou vivant. Depuis ce temps, les gens du pays continuent à chercher le jeune héros; et tous les ans, à un jour consacré, les habitants de Prusium et des environs se répandent sur la montagne, en prononçant à grands cris et à plusieurs reprises le nom d'Hylas^. Cette fête asiatique ne rappelait pas seulement le charme des eaux, qui ravit et qui tue : Hylas, dont on pleurait la triste fin et qu'on voulait ramènera la vie, était, comme Hyacinthe, comme Adonis, comme lous ces beaux adolescents à l'existence éphémère, l'image de

1. Dnns les croyances populaires de la Grèce, les entants qui mouraient tout jeunes avaient été enlevés par les Nymphes, (lorp. Inscr., n** 997; 020 1 ; 6293. Cet enlèvement était le svmbole de la mort facile et douce.

" 2. Apollon., Argon., 1, 1207-1240. Theocr., XllI, 45. Slrab.. p. 504.

la fraîche végétation printanière qui, chaque année, se flétrit, après une courte et brillante floraison.

Au chœur des nymphes des eaux se mêle souvent le groupe de celles qui habitent les bois et les montagnes, qui peuplent toute la nature agreste, où elles sont en rapport avec les dieux pasteurs comme Apollon et comme Hermès, où elles vivent dans la société de Pan et des Satyres, qui prennent part à leurs jeux, qui les poursuivent de leurs ardeurs lascives à travers les épais taillis et au fond des cavernes creusées aux flancs des rochers. On distinguait parmi elles : les Oréades^ qui se plaisent surtout sur les pentes* et les sommets des montagnes ; les 3fe^liadesy nymphes des frênes ; les Dryades, nymphes des forêts de chêne ; les Ilamadryades, dont le nom exprime la vie sympathique de ces vierges divines avec les arbres qu^elles avaient choisis comme domicile. Souvent, en effet, on ne leur attribuait pas Fimmortalité, mais seulement une longue vie, qui pouvait finir avec les êtres végétatifs dont l'existence était intimement liée à la leur. « Elles vivent longtemps, dit Tautour d'un hymne homérique, elles se nourrissent d'ambroisie; elles dansent en chœur avec des dieux. . . . Les sapins, les chênes à la haute tête, nés en même temps qu'elles, croissent sur la terre nourricière des humains, dans les grandes montagnes, beaux et florissants. Mais lorsque la Parque de la mort approche, alors les beaux arbres commencent par se dessécher sur pied, leur écorce se consume, leurs rameaux tombent; en même temps qu'eux, l'àme des Nymphes abandonne la lumière du soleil*. )} Les arbres où vivent les Nymphes sont donc chose divine, et Ton ne peut porter la main sur eux impunément. Une tradition mise en œuvre par Apollomus' rapportait comment un bûcheron qui coupait un jour du bois dans la forêt entendit la voix d'une Ilamadryade, le suppliant de respecter le tronc de l'arbre qui lui était cher, avec qui elle avait déjà longuement vécu. Le bûcheron, sourd à cette prière, porta sa hache sur le chêne sacré. Mais il fut bientôt puni de son audace. La colère de la nymphe dont il avait méprisé les supplications déchaîna sur lui et sur toute sa descendance les plus cruelles calamités.

Au sein de la nature sauvage où les nymphes jouent et chantent dans l'onde des ruisseaux, où elles dansent avec les rameaux qui se balancent au vent, où la sève qui enfle les jeunes bourgeons et anime la vie des grands arbres est leur âme toujours vivante et palpitiante, un phénomène d'une apparence merveilleuse, celui de l'écho, avait vivement frappé l'imagination populaire. L'écho qui, dans la montagne, répète les

1. Ihjmn, hom., IV, 257 sqq, éd. Baumeister. Sur la longueur de leui* vie, v. Hésiode, chez Plul., De Defect. Orac, 11.

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