‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 309 sur 550 · De Mundo, V · texte numérisé non relu

De Mundo, V

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G.€A ET RHÊA-CYBÈLE. 339

la large poitrine , la divinité monstrueuse^ » Cette idée de Timmensite de la terre, jointe au spectacle de sa vie et de sa force infinies, les avait amenés à penser que Gaea avait existé à l'origine même des choses. D'après la Théogonie^, Gœa est Tètre primordial né aussitôt après le Chaos, pour servir à toutes choses de fondement inébranlable. Ce grand être, doué à son apparition d'une merveilleuse puissance de génération, enfante Ouranos (le Ciel), les Grandes Montagnes et Pontos (la Mer). Bientôt unie à Ouranos, elle donne le jour à une série d'êtres puissants dont quelques-uns, les Titans, sont gigantesques comme leur mère. Ainsi l'œuvre de création qui se poursuit sans interruption dans la nature était apparue à Tesprit des Grecs, comme à celui des Aryas, sous une grande et simple image : celle d'un couple divin dont l'union a donné et donne encore naissance à tous les êtres; Ouranos, le père qui féconde; Gœa, la mère qui conçoit, qui enfante et qui nourrit.

Il n'est guère possible de douter que Gsea soit une divinité primitive de la Grèce,*" antérieure à la brillante famille des dieux homériques. Ceux-ci, en effet, quand ils font un serment solennel, ne manquent pas d'invoquer Gaea, comme une de ces divinités antiques et redoutables qu'ils ont remplacées peut-être dans les hommages des hommes, mais dont ils n'ont pas supprimé la puissance. « Je prends à témoin de mes paroles, s'écrie Hèra, et Gaea et le vaste Ciel qui est au-dessus de nos têtes'. » Les héros homériques, à l'imitation de leurs dieux, n'oublient jamais Gaea dans leurs formules de serment; ils lui réservent une place à côté d'Hélios et de Zeus. « Je prends maintenant à témoin, dit Agamemnon, Zeus d'abord, le dieu très-haut, le dieu suprême, et Gè et Hélios et les Érinyes, qui, sous la terre, punissent les hommes qui se parjurenl\ » D'après ce dernier texte, on voit qu'aux temps homériques Gaea se distingue nettement des divinités infernales qui habitent dans ses entrailles. Si on lui immole des brebis noires*, symbole des ténèbres de son sein, cela ne veut pas dire (ju'elle soit déjà une puissance de la mort, comme elle le sera plus tard, à l'époque d'Eschyle*. L'imagination grecque n'est pas encore descendue bien avant dans les profondeurs de la terre : elle s'arrête plus volontiers à sa surface; et à la vue de son immensité, de sa force inépuisable de production, elle adore en elle une divinité.

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