Perses, 213 cl 620, édit. II. Wcil
3W MYTHOLOGIE DE l,A GRÈCE ANTIQUE.
Cette divinité n'est pas seulement la mère (le tous les êtres qui naissent du sol et (]ue le sol nourrit; elle est encore, en un sens, la mère de l'homme qui lui doit sa subsistance. C'était la préUtntion de certains peuples grecs, des habitants do l'Attique et de l'Arcadie en particulier, d'être une race autochlhone, c'est-à-dire une race qui, au commencement, était née du sol oii plus lard elle avait grandi. Or, cette idée de i'autochthonie n'est autre chose que l'idée mythologique de la maternité de Gaea qui originairement avait tiré l'homme de son sein comme les autres êtres vivants. Dans les légendes attiques, cet homme enfant de la
Terre était Érichthonios, Plusieurs monuments de l'art grec nous font assister à la naissance de ce premier habitant de l'Altique'. On y voit Gœa sous les traits d'une femme dont le buste seul est au-dessus du sol, tandis que la partie inférieure de son corps y est engagée : cette femme, les bras levés vers la déesse Âtbcna, lui présente, en face d'Iléphxstos, Ërichthonios, le nouveau-né qu'elle vient de tirer de ses entrailles («g- 102).
La maternité de Gœa ne s'était pas bornée à enfanter le premier homme : on croyait qu'elle se continuait dans la descendance d'Êrichtbonios, et l'on attribuait a cette divine action ta multiplication des en-
1. Oulre 1« vnse J« Vulfi Voir iitiu Icrrg cuite Uu mu pi. 83).
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GiEA ET RHÉA-CYBÈLE. 341
fants des hommes. C'est ce qui ressort de l'hymne homérique qui lui est consacré. « Je chanterai Gsea, mère universelle, aux solides fondements, la plus antique des divinités, qui sur son sol nourrit tout ce qui existe.... C'est par ta faveur, ô déesse vénérable, que les hommes ont beaucoup d'enfants et qu'ils récoltent beaucoup de fruits ; c'est de toi qu'il dépend de donner ou d'enlever aux mortels les aliments de la vie. Heureux celui qu'au fond du cœur tu honoreras de ta bienveillance; celui-là aura tout en abondance. Son champ fertile se charge de moissons, ses pâturages abondent en bestiaux, et sa maison se remplit do biens.... Les Ois de ceux que tu protèges se complaisent dans les joies de leur verte jeunesse, et les vierges leurs filles se livrent, dans des chœurs, à toute la gaieté de leur âge florissant et dansent sur les tendres fleurs de la prairie. » — L'idée de la protection exercée par Gaea sur la naissance et sur la croissance des enfants s'exprimait en Attique d'une façon précise par Tépithète de KojpsTpo^o? donnée à la déesse, représentée alors sous les traits d'une bonne mère qui donne la main à un petit enfant ou qui le porte dans ses bras ^
Le culte de Gœa n'éveillait pas partout en Grèce d'aussi gracieuses images. Près de la ville dVEgaî, en Achaïe, on voyait un sanctuaire de la déesse, où était enfermé son Çoavov, c'est-à-dire une statue de bois remontant, comme toutes les représentations du même genre, à une haute antiquité ^ Il n'est pas douteux que, sur cette côte d'Achaïe, si souvent ravagée par les tremblements de terre, le culte de Gœa ait eu une signification particulière et que les habitants de la contrée aient voulu, par de pieux hommages, apaiser une déesse dont la colère avait de si terribles eiTets. A Olympic, il y avait un sanctuaire et un autel de Gaea à l'endroit même où autrefois, disait-on, était un mantéion de la déesse*. A Delphes, comme nous le voyons par les premiers vers des Euménides d'Eschyle, c'était Gaea qui, avant Thémis et avant Apollon, avait occupé Toracle. On attribuait donc à Gaea une puissance divinatoire antérieure à celle des autres divinités; idée qui ne peut nous étonner, si nous songeons que le sein de la terre est la source de ces gaz qui, en s'exhalant de certaines cavernes, produisaient sur le cerveau des hommes un trouble qu'ils considéraient comme un délire inspiré ; que de la terre également jaillissent ces fontaines dont l'eau communiquait à ceux qui en buvaient une vertu prophétique. On voit, par ces exemples, combien d'attributions diverses avait acquises avec le temps cette divinité primitive de notre race* et comment le culte an-