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V,Jf.K ET RHEA-CYBËLE. S43
cynlG {Bspv/jjt-ix) . On la désignait souvent encore par l'épithète de Ci/bèle, c'est-à-dire de déesse des cavernes'.
Cybèle, divinité de la terre, apparaît donc en Asie Mineure avec un caractère particulier que ni Gœa ni Démèter n'ont eu en Grèce. Ce n'est pas la déesse des champs cultivés et des fertiles vallées : c'est la lerre, dans sa libre et sauvage énergie, telle qu'on la voit se développer sur les pentes et dans les gorges de ces montagnes dont les masses énormes dominent la plaine ; c'est la mèrc-nalure adorée là où sa puissance éclate le mieux et oîi elle frappe l'homme de plus d'étonnements. Cybèle est essentiellement a la déesse montagneuse », comme on l'appelait, celle qui trône sur les hauts sommets et dans les solitudes impénétrables des rorêts*. Reine de la nature sauvage, elle la domine tout entière, et les animaux qui habitent son domaine sont contraints à lui obéir et à lui faire cortège. Aussï, sur les monuments, estelle ordinairement accompagnée de deux lions dont la farouche et majestueuse figure convient au caractère de la déesse (Fig. 103).
Son culte, qui avait grandi dans les replis des montagnes de la Phrygie, emprunta au spectacle de cette grande nature et à l'observation des phénomènes annuels de la croissance et du dépérissement de la végétation, une exaltation passionnée qui éclatait tour à tour en transports d'une joie délirante et en longs gémissements de douleur. Quand les prêtres de Cybèle, un flamlieau à la main, s'élançaient sur les pentes du Dindyme, poussant des cris sauvages, faisant retentir la pi„ gg; cibéie. bruyante musique des cymbales et des tambours, au sein de leurs danses éclievelées et de leur violent délire, c'était suceessivement le retour de la montagneà la vie qu'ils saluaient, on la mort de la végétation qu'ils pleuraient. Cette idée semble également contenue dans le mythe grec qui faisait de Rhéa, épouse de Cronos, une femme d'une fécondité inépuisable et d'une fécondité malheureuse, dont tous les fils sont, après leur naissance, engloutis par leur père, mais qui pourtant ne cesse d'enfanter.
Sur le Dindyme, la montagne sacrée de Cybèle, on montrait aux visiteurs, à côté d'une caverne qui avait été le plus ancien sanctuaire de la déesse, et de son image primitive sous la forme d'une pierre tombée du ciel, le tombeau de son bien-aimé AUis. La légende d'Atlis était, dans la religion phrygienne de Cybèle, ce que fut la légende
1 . Le niot xiitcia «ignifinil caitrnrt en Plingie. HiisTChiii» : «ùSiIb ôpi *puyi«î (xî irrpx xa< eiïaiAOï. En Lydie, Cvliflr n'ippeUil Kvtitr,. % l'iflliT. Gnech. lUsÎM.. l. 527-5Î9.
d'Adonis dans la religion syrienne d'Aphrodite. AUis, aus>i bien qu'Adonis, c'est un bel adolescent qui meurt dans sa fleur, comme un fruit arraché de sa tige, comme un épi coupé avant la moisson ; c'est le printemps dans son jeune et brillant éclat, et dans son éphémère durée. Mais la belle saison tuée par Thiver ne tarde pas à renaître. Attis sort de son tombeau ; il était mort, il ressuscite ; c'est un dieu impérissable, et la vénération des Phrygiens lui décernait, à ce titre, le nom de Papas^ c'est-à-dire de maître et de père. Attis était devenu, en Asie Mineure, le héros de plusieurs légendes dont les détails varient, jnais dont le fond est identique. Chez les Lydiens, Attis était un jeune prêtre de la Grande-Mère, qui était venu jadis leur enseigner les mystères de la déesse et qui avait été bientôt l'objet d'une telle vénération que Zeus, irrité contre lui, avait déchaîné dans les campagnes de la Lydie un sanglier furieux sous les coups duquel il avait péri ^ A Pessinonte, centre du culte de Cybèle, on racontait une autre histoire dont les détails étranges nous ont été conservés par Pausanias et par Arnobe, et qui, dépouillée de ses ornements accessoires, peut se réduire aux idées suivantes : Attis, adolescent d'une rare beauté, fut aimé d'Agdislisj c'est-à-dire de Cybèle ; dans un moment de jalousie, celle-ci força le jeune homme à se dépouiller de sa virilité, mais elle ne tarda pas à se repentir du mal qu'elle lui avait fait, et elle le métamorphosa en pin*. Dans cette légende, Attis n'était sans doute qu'une image de cette gracieuse végétation dont la terre se pare dans la belle saison de Tannée ; végétation qui, vers la lîn de l'automne, perd sa sève et va mourir, qui conserve cependant un reste de vie dans ces arbres dont la verdure inaltérable traverse l'hiver et qui semblent triompher de la mort dont les autres végétaux sont atteints. Les fêtes d'Attis rappelaient à la fois cette fin malheureuse et cette résurrection du dieu. Un jeune pin que l'on abattait dans la forêt, couronné de violettes et orné de bandelettes de laine, était traîné dans le sanctuaire de la Grande Déesse ; c'était le symbole du dieu mort. Après quoi, on allait dans la montagne gémir sur son sort; on l'appelait aux accents d'une inquiétude douloureuse, aux sons d'une musique tumultueuse, avec de violents transports. Le dieu semblait se réveiller de son sommeil aux cris de ses adorateurs. Bientôt à ces démonstrations de désespoir succédaient les accès d'une joie éclatante: Attis avait reparu à. la lumière; le printemps l'avait ramené.
La religion de Cybèle amante d'Attis, est essentiellement originaire