‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 319 sur 550 · Odyss., XXUL 296. Gf. Soph., AtUig · texte numérisé non relu

Odyss., XXUL 296. Gf. Soph., AtUig

DËMËTER ET PËRSÉPUONE. 355

coiltraste de la vie sauvage de rhumanité, encore prWée des fruits de Dèmèter, avec la vie civilisée et le bien-être dont les faveurs de la déesse l'avaient fait jouir. C'était là, suivant certains écrivains anciens, tout le secret des mystères d'Eleusis^ D'autres expliquaient le nom des Thés* mophories en disant que Dèmèter avait apporté à Eleusis les premières tables de la loi, ou qu'elle avait dicté à ses favoris des livres sacrés, livres que les prétresses de la déesse portaient en pompe solennelle Tun des jours des ThesmophoriesV Le premier interprèle de ces lois divines avait été Triptolème, et la tradition s'en était conservée à Eleusis, au témoignage du philosophe Xénocrate^, dans les trois prescriptions suivantes, qui ont trait à la vie patriarcale et agricole primitive : honorer ses parents; offrir aux dieux les prémices des fruits de la terre; ne pas faire de mal aux animaux. Si Ton dégage d'ailleurs ces différents textes des éléments merveilleux qu'ils contiennent, l'inOuence civilisatrice de Dèmèter était une vérité. Les grandes fêtes célébrées en son honneur après la moisson rapprochaient , en effet , les Grecs de même race dans une communauté de pensée religieuse et dlntérêts politiques. Dèmèter était la grande déesse de la panégyrie achéennc qui se réunissait à i£gion; c'était également sous sa protection que se plaçait l'amphictyonie phocidienne dans sa réunion d'automne aux Thermopyles. Ce culte n'était donc pas seulement l'expression des sentiments religieux qui s'étaient éveillés dans l'àme des Grecs au spectacle de la terre et des merveilleux phénomènes de sa vie végétative; il était devenu pour eux, avec le temps, un lien social et un instrument de progrès.

L'idée de la maternité de la terre se développa de bonne heure en Grèce sous la forme d'un mythe dont le sens se laisse facilement deviner, grâce à la transparence de ses légères et poétiques images. La végétation brillante que chaque printemps voit éclore, c'est la fille de la Terre dont le sein s*est ouvert pour l'enfanter; c'est Corè (la jeune vierge), l'enfant chérie de Dèmèter dont elle est l'orgueil et la joie. Mais, en automne, cette parure du sol se flétrit et disparaît : Corè est alors enlevée a la tendresse maternelle; et, comme les dépouilles des fleui*s et des végétaux retournent à la terre d'où ils sont sortis, le ravisseur de la jeune fille, c'est lladès, le dieu du monde invisible, le roi des ténèbres souterraines. De là, la fable célèbre de Tcnlèvement deCorè qui, devenue l'épouse dlladès, porte le nom assez obscur de Perséphone.

Ce mythe semble à peine formé aux temps homériques. Sans doute le poëte nous montre déjà Perséphone partageant avec le Zeus souterrain

i. Ciccr., De Lcg., II, 14, 35. Van-o, de Hé Hust., 111, 1. i>. Schol. Theoci ., IV, "Ib. Cicer., in Vcir., II, 5. 72. 5. Porphvr., De Abttin., IV, 22*

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Tempire des ombres infernales'; mais nulle part il ne fait d*allusioD précise aux liens qui unissent cette déesse à Dèmèter^. Si la première expression du mythe de Tenlèvement de Corc ne se rencontre que chez Hésiode, les idées qu'il contient étaient depuis longtemps présentes à Tesprit des Grecs. Des Torigine de la civilisation hellénique, une vive et poétique sympathie s*élait éveillée dans Tàme des hommes au sujet de celte nature qu'ils voyaient, chaque année, tour à tour mourir et renaître, et dont le sort provoquait chez eux des alternatives de douleur et de joie. C'était elle dont ils pleuraient la mort dans la personne d'un jeune adolescent, de Linos, qui, comme Attis et Adonis en Asie, avait péri d'une fin prématurée, dans tout l'éclat de son âge et de sa beauté. Les vicissitudes annuelles de la végétation, le contraste de l'aspect désolé de la terre pendant l'hiver et de la joie dont le printemps l'anime s'étaient transformés, dans leur imagination, en une véritable tragédie de la nature, dont Dcnièter et Perséphonc sont les personnages principaux. Elle se développe tout entière, dans un hymne homérique dont riieureuse découverte ne remonte pas à plus d'un siècle. Cet hymne à Dèmèter, composé vraisemblablement par un poëtc initié aux mystères d'Eleusis, est d'une importance capitale pour l'étude de la religion des Grandes Déesses et mérite, à ce titre, une analyse attentive.

Le premier acte du drame divin est l'enlèvement de Corè. La jeune fille jouait avec ses compagnes, les Nymphes tilles de l'Océan, au milieu d'une vaste prairie émaillée des fleurs brillantes dont elle est ellemême la vivante image. La rose, le safran, la violette, liris, l'hyacinthe attiraient tour à tour ses regards et sa main et exhalaient pour elle leurs plus suaves parfums. Tout à coup elle aperçoit un narcisse qui surpassait toutes les autres fleurs en éclat et en beauté. Émerveillée à sa vue, elle étend les deux mains pour le saisir; mais soudain la terre s'entr'ouvre et le roi infernal sort de son ténébreux séjour. — Ainsi le narcisse est la fleur fatale dont le charme funeste livre la jeune fille a son ravisseur. Le narcisse, en effet, suivant la signification même du mot, c'est la fleur qui endort les êtres du sommeil de la mort; c'est le symbole de cet engourdissement, de cette torpeur qui saisit les vivants au moment où ils passent du monde de la lumière à celui des ténèbres; c'est l'image aussi de la floraison disparue, idée qui fait le fond de la légende du beau Narcisse de Thespies. Aussi cette fleur, que Sophocle appelle « l'antique courorme des deux Grandes Déesses, » a-t-elle son rôle et son sens symbolique dans la religion des Mystères. A peine Corè

i. Iliad,, IX, 457 ; Odyss., X, 491 ; 505.

2. Le passage de VIliade (XIV, 526) où il est question de l'union de Dcraèler cl de Zeus est niaïquc de l'obel des Alexandrins, et est probablement interpole.

DËMËTEn ET PEns6PH0:(E. ^7

Ta-t-elle touchée qu'cllû csl saisie par Hadès qui l'emporte, malgré sa résistance, tremblante et éperdue, sur son char d'or (fig. 108).En?ain la jeune déesse pousse des cris perçants et invoque te maître suprême; nul des dieux, nul des mortels n'entend sa voii. « Aussi longtemps que la déesse \it la terre et le ciel étoile et la mer aux flots impétueux, séjour des monstres, et les rayons éclatants du soleil, elle ne perdit pas l'espoir de voir apparaître sa mère vénérable et la tribu des dieux

étemels; au5sî longtemps, malgré sa douleur, l'espérance charma sa pensée.... Cependant les cimes des montagnes et les abîmes de la mer retentissaient de sa voix immortelle ; son auguste mère enlîn l'entendit. Une douleur aiguë la saisit au cœur; elle déchira de ses mains les bandeaux qui retenaient sa chevelure; elle jeta sur ses épaules un voile sombre et elle s'élança, comme un oiseau, sur la terre nourricière et sur les vagues, à la recherche de son enfant'. »

Ici corhmcncG le second acte du drame. 11 est tout entier rempli par les voyages de Dèmèter qui va demander au ciel et à la terre des nouvelles de la fille qu'elle a perdue, par la douleur de la déesse qui souffre une véritable passion d'amour maternel. Cette douleur est une douleur muette, inconsobhle. Dèmèter devient le type céleste de rarflictioii maternelle; <'Ilo est, suivant l'interprétation des Grecs, une mère de douleurs (^T,'^.r,rr,p 'A/.ï''!) '. Les Béotiens, au témoignage

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