Ibid
épi de blé était probablement une image des vicissitudes de la vie de la nature à laquelle était implicitement assimilée la vie de Thomme et sa destinée.
De toutes les représentations mystérieuses du sanctuaire d'Eleusis, les plus importantes comme les plus antiques étaient celles qui avaient trait à la légende des deux Grandes Déesses. Cette légende, présente à Tesprit de tous grâce aux récits des poètes, n'était plus à Eleusis une simple image : elle devenait une réalité, rendue sensible et visible par les différents actes de ce que Clément d'Alexandrie a appelé un drame mystique. Drame saisissant, d'un vif intérêt pour les âmes pieuses ; car c'étaient les douleurs et les épreuves des deux divinités, leurs joies et leur triomphe qu'on était appelé à contempler. Ces représentations n'étaient pas sans analogie avec nos mystères du moyen âge, puisque, comme eux, elles avaient pour fondement une histoire divine ; elles en diffèrent pourtant. Le drame d'Eleusis n'était pas un drame parlé, mais un drame mimique dont la muette action, représentée par les prêtres en grand appareil et en costumes caractéristiques, se déroulait silencieusement aux yeux des spectateurs dans une série de tableaux merveilleux. L'absence de toute parole humaine redoublait l'effet d'un tel spectacle. Ce silence religieux n'était un instant interrompu que par les cris de Dèmèter appelant sa fille avec un accent de douleur, auquel répondaient les sons de l'airain du fond du sanctuaire^, ou encore quand l'allégref^se de la déesse éclatait au retour de Corè. Lesmystesqui avaient assisté, le cœur serré, à l'enlèvement de la jeune fille, aux courses ardentes de sa mère, à sa morne et muette douleur, laissaient alors leur âme se dilater de joie, et comme Démêler, ils renaissaient à l'espérance et à la vie.
Un des actes les plus importants de la représentation était le séjour de Perséphone dans le monde d'en bas, au sein de ces froides ténèbres dont l'homme redoute l'horreur : sombre tableau auquel s'opposait bientôt la brillante image du retour de Corè à la lumière et de son ascension vers l'Olympe. Ce contraste était saisissant. Les initiés restaient pendant longtemps plongés dans les ténèbres, condamnés à marcher sans trêve au sein de l'obscurité, à décrire mille détours où leur imagination épouvantée voyait les replis sans fin du monde infernal : tout à coup une éclatante lumière illuminait le sanctuaire, et leurs yeux éblouis contemplaient de célestes apparitions. C'est à une scène de ce genre que fait allusion Plutarque dans le remarquable passage qui suit : « Au moment de la mort, l'âme éprouve une impression