‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 333 sur 550 · Pausan. X · texte numérisé non relu

Pausan. X

offrandes prescrites ^ » Les pratiques des Mystères avaient donc pour effet de purifier Tàme de ses souillures, et cette purification était la condition indispensable du salut. Au temps de Sophocle, où le sanctuaire d'Eleusis s'ouvrait pour tout le monde, cette idée régnait daiis les esprits, et le poëte pouvait s'écrier : « 0 trois fois heureux ceux des mortels qui, après avoir contemplé ces cérémonies saintes, iront dans l'Hadès; car pour eux et pour eux seuls, la vie est possible dans le monde d'en bas; pour les autres, il ne peut y avoir que des souffrances^. » Ainsi, hors des Mystères, point de salut; doctrine funeste qui semblait attacher uniquement à de pieuses pratiques le mérite de la vie et le droit à d'éternelles récompenses. La conscience grecque semble d'ailleurs s'être révoltée plus d'une fois contre un pareil dogme. Comme on exprimait un jour cette idée devant le philosophe Diogène : « Eh quoi, dit-il à^ son interlocuteur, est-ce que Patœcion, le voleur, qui a été initié, jouira après la mort d'un sort meilleur qu'Épaminondas, l'honnéle homme, qui n'a pas été initié' ? )>

Cette réflexion de Diogène se serait inévitablement présentée à tous les esprits, si les cérémonies d'Eleusis n'avaient été qu'une succession de pratiques dévotes et de rites stériles, sans influence sur les âmes. Sans doute, aucun texte précis ne nous autorise à croire que les initiés fussent astreints à certains principes, à certaines règles de conduite, qu'il leur eût été interdit, au nom des dieux, de violer. L'admission aux Mystères , d'où étaient seulement exclus les barbares, les meurtriers, les gens suspects d'impiété ou de magie ne peut être considérée comme une condition suffisante de moralité. Mais les spectacles que contem^ plaient les initiés, et, en particulier, la vue des scènes infernales qui frappaient leur imagination, ne pouvait-elle produire sur eux une édification pieuse, qui tournait au bien, de leur àme ? Cette hypothèse semble justifiée par le ton d'admiration et de respect avec lequel les auteurs les plus graves, depuis Andocide jusqu'à Cicéron, parlent des Mystères éleusiniens. a Vous avez été initiés, disait Andocide à ses juges athéniens, vous avez contemplé les cérémonies sacrées des deux Grandes Déesses, pour que vous punissiez les impies, pour que vous sauviez ceux qui se défendent de l'injustice ^. » On dit, écrivait plus tard Diodore de Sicile, que ceux qui ont participé aux Mystères deviennent et plus pieux, et plus honnêtes, et meilleurs en toute chose qu'ils n'étaient auparavant *.

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