‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 334 sur 550 · Vers · texte numérisé non relu

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2. Soph., ap. Plutarcli., Moral., p. 22, a. — De audiend. pœt,, % 4. 5. Plutarch., Moral,, p. 22, a. Cl*. Diogen Lacrt., VI, p. 59.

4. De Mysleriis, 51. — Cf. Cicer., De legiUus, H, 14; m Verr., V, 72.

5. Diodor., V, 49, 6. l\ s'agit, il est vrai, en ce passage, des mystères des dieux Cabii'esdc

Ces témoignages, que Ton pourrait multiplier, ne sauraient être infirmés par les jugements défavorables que les apologistes chrétiens ont portés sur les Mystères. Engagés dans une polémique violente contre des croyances qui ne mouraient pas sans se défendre, les Pères de Féglise naissante dépassèrent nécessairement, dans leur ardeur de prosélytisme et de destruction, Texacte mesure de l'équité. Comment auraient-ils pu parler avec impartialité d'institutions qui faisaient obstacle à la diffusion du christianisme, et qu'il fallait à tout prix renverser ? Quelques Pères, nés en Orient, élevés à l'école de la Grèce, tels qu'Origène et Grégoire de Nazianze, firent exception, et se montrèrent souvent justes envers la religion hellénique qu'ils connaissaient bien. Les Pères de l'église latine, qui la connaissaient mal, qui d'ailleurs n'avaient sous les yeux, à Rome et dans la plupart des provinces de l'empire, que le spectacle des superstitions grossières et de la licence des cultes asiatiques, ne pouvaient être que violents. Révoltés de la crudité, de l'obscénité des symboles de la reproduction, qui avaient en effet leur place dans certains Mystères, ils enveloppèrent ceux d'Eleusis dans la sentence de réprobation dont ils frappaient tous les cultes de ce genre, et ils firent peser sur eux les mêmes accusations d'immoralité auxquelles étaient en butte les réunions et les cérémonies secrètes des chrétiens. Ils ne se demandèrent pas si les Mystères d'origine phrygienne, égyptienne ou syrienne, où se commettaient réellement de graves désordres, ne devaient pas être distingués des Mystères helléniques de Dèmèter et de Perséphonc, et si le sanctuaire d'Eleusis n'était pas l'asile encore respectable de ce que les croyances grecques avaient de plus noble. L'institution des Mystères éleusiniens, dans le long cours de son développement, avait pu sans doute se modifier et recevoir des éléments qui lui étaient primitivement étrangers; mais rien ne nous permet do supposer que ces Mystères aient été à la fin envahis par l'immoralité dont ils étaient exempts aux époques les mieux connues de leur histoire.

Nous savons, en effet, qu'à l'époque du mouvement des idées néoplatoniciennes, plusieurs philosophes furent investis des fonctions d'hiérophantes à Eleusis. Tout en respectant les rites traditionnels et la foroie extérieure de la religion éleusinienne, ces philosophes purent introduire dans l'enseignement des Mystères les spéculations nouvelles et les substituer en partie à l'antique théologie. Déjà d'ailleurs, sous l'inDuence d'un syncrétisme qui commence à apparaître dans les poé-

SamoUirace, mais l'obser?ation de Diodore s'étend nécessairement aux mystères éleusiniens.

sies orphiques, leâ différentes divinités des Mystères tendaient à rentrer les unes dans les autres, et à se confondre dans une sorte d'unité. Dèmèter s'identifiait avec Perséphone, Dionysos-Zagreus avecHadès, et le Jupiter infernal avec le Jupiter du cieP. Grâce à la philosophie, s'était formée une sorte de doctrine ésotérique des Mystères, dont témoigne un écrivain ecclésiastique du cinquième siècle, Théodoret. c( Tous ne connaissent pas ce que sait Thiérophante, dit-il; la plupart ne voient que ce qui est représenté. Ceux qui s'appellent prêtres accomplissent les rites des mystères, et rhiérophante seul sait la raison de ce qu'il fait, et la découvre à qui il le juge convenable*. » Il y avait donc une doctrine particulière aux hiérophantes, d'un caractère évidemment philosophique, et qui était transmise par eux oralement. Cette doctrine était également consignée dans des traités liturgiques que Théodoret avait lus et qui contenaient, d'après lui, une interprétation naturaliste de toute la mythologie; interprétation pii s'évanouissait U polythéisme pour ne laisser place qu'au grand dogme de l'unité divine.

Ce qui suffirait à prouver le caractère sérieux qu'avaient conservé les mystères d*Éleusis jusqu'aux premiers siècles de notre ère, ce sont les emprunts qui leur furent faits par Téglise chrétienne. Ces emprunts ne se bornèrent pas au langage, à l'emploi de certains roots, tels que celui de mystères ou celui d'ëpoptes que l'on rencontre déjà dans Saint Paul ; ils touchent encore à la discipline ecclésiastique et à l'organisation du culte, a Peu à peu, dit Creuzer traduit par M. Guigniaut', et surtout à l'époque de Constantin le Grand, la discipline secrète (disciplina arcani) comme on l'appelle, s'introduisit dans l'Église. Dès lors, dans les écrits des Pères, se rencontrent toujours plus fréquentes les désignations et les distinctions des Mystères, appliquées à la croyance chré* tienne, à ses enseignements, à ses adeptes, à l'espèce d'initiation progressive et de hiérarchie qu'elle aussi admettait. Une foule d'usages, de cérémonies passèrent de la sorte du culte secret des païens dans le christianisme : par exemple, la répartition de la communauté chrétienne d'après la gradation reçue dans les Mystères, les places distinctes assignées aux différentes catégories des fidèles dans les églises, l'exclusion formelle des catéchumènes lors de la distribution de la Cène, la prescription du silence, etc. » L'art chrétien primitif ne dédaigna

i. Voir le développement de celte idée, dans les notes du livre VIII des Religions de V antiquité, page ll'iO et suiv., par M. Guigniaut.

2. Théodoret, Therap., lib. I, p. \H^ t. IV, édit. Schulz. Cf. Serm.^ I, De fide. Opéra, t. IV, p. 482. Nous empruntons ces indications à M. Haury (ReligUms de la Grèce, II, p. 3*7).

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