‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 335 sur 550 · Religions de V Antiquité, t. Ul, p · texte numérisé non relu

Religions de V Antiquité, t. Ul, p

pas non plus d'emprunter aux Mystères éleusiniens quelques-uns de leurs personnages divins. Ce n'est pas seulement Apollon Nomios ou Hermès Criophoros qu'on voit représenté dans les peintures des catacombes sous le nom du Bon Pasteur; les tombeaux chrétiens nous montrent encore Orphée, l'instituteur supposé des Mystères, occupé à charmer les animaux, ou bien Pluton et Perséphone recevant, en présence des Parques, lésâmes que leur amène Hermès Psychopompe. Plus d'un de ces monuments nous fait assister ainsi à la transition presque insensible de la symbolique païenne à la symbolique chrétienne ^ Or, il est probable que, si les cérémonies des Mystères éleusiniens avaient été un milieu de corruption et d'immoralité, les chrétiens eussent éprouvé quelque scrupule à les imiter. Les emprunts faits aux Mystères par le christianisme primitif viennent donc témoigner à leur tour de Tautorité dont jouissaient ces cérémonies et de la gravité religieuse qu'elles conservèrent, jusqu'au moment où, en 581, un édit de Théodose ferma pour toujours le sanctuaire d'Eleusis.

En résumé, la religion secrète d'Eleusis, d'origine naturaliste comme tous les cultes de l'antiquité, reposait sur l'adoration de la terre et de ses forces. Elle naquit au spectacle des phénomènes de la végétation considérée dans les vicissitudes régulières de sa croissance et de son dépérissement ; spectacle qui ne fut pas froidement interprété par la raison des Grecs, mais qui se refléta, avec ses vives couleurs, dans leur imagination où toutes les impressions prenaient un corps, où tous les phénomènes de la nature devenaient les actes merveilleux d'un drame divin. Ainsi se forma la légende de la passion de Dèmèter, ainsi celle de la descente de Corè aux enfers et de son ascension à la lumière. Ces légendes développées dans des poésies sacrées, exposées aux regards par d'éclatants tableaux, devinrent pour les Grecs de saintes réalités. Non-seulement ils y ajoutèrent foi, mais leur piété essaya de s'associer aux épreuves de la destinée des deux Grandes Déesses, et de reproduire en eux-mêmes les émotions et de cette douleur et de cette joie divines. Enfants de la terre, ils savaient qu'ils devaient retourner à la terre et qu'un jour, dans les ténèbres de son sein, ils seraient soumis à l'empire de divinités ou bienfaisantes ou terribles. Ils cherchaient donc à se concilier d'avance leurs faveurs pendant la vie terrestre, à s'y créer des mérites en vue de cette vie nouvelle dont les Mystères faisaient flotter devant leurs yeux les séduisantes images. Cette perspective ouverte aux initiés sur le monde d'en-bas et sur la destinée de l'homme

1. Voir la collection des monuments figurés publiés par M. Guigniaut {Relig. de VAnt,^ t. IV, n- 908 et suiv.).

après la mort, ne fut évidemment pas sans influence sur les âmes, et II est certain, dit M. GuigniautS que les mystères d*Éleusis eurent pardessus tout une influence morale et religieuse, qu'ils réglèrent, qu'ils pacifièrent la vie présente, enseignèrent à leur manière la vie à venir, qu'ils en promirent les récompenses aux initiés, sous certaines conditions, non-seulement de pureté et de piété, mais aussi de justice, et que, s'ils n'enseignèrent pas également le monothéisme, ce qui eut été la négation du paganisme lui-même, du moins ils s'en rapprochèrent autant qu'il était permis au paganisme de s'en rapprocher. Ils entretinrent, ils nourrirent dans les âmes, à titre même de mystère, de culte épuré de la nature, le sentiment de TiuRni, de Dieu après tout, qui résidait au fond de la croyance populaire elle-même, mais que l'anthropomorphisme mythologique tendait sans cesse à effacer. »

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