Hcsiod. Op. et D
22 MYTHOLOGIE DE LA (iRÈCE ANTIQUE.
rite, comme le malheur de toute existence humaine, est dans les mains de ce dieu suprême. Les Grecs, que Ton se plaît quelquefois à nous représenter comme des enfants joyeux et insouciants, tout entiers au bonheur de vivre, s'étaient au contraire préoccupés, comme nous, du problème de la vie et de la destinée. Le mélange des biens et des maux et rinégalité de leur répartition dans Texistence humaine les avait de bonne heure frappés. N'ayant pu en découvrir une explication n-iturelle, ils en trouvèrent une solution divine. Tout ce qui arrive à l'homme lui est envoyé par Zeus ; Zeus est le grand dispensateur des biens et des maux pour l'humanité ^ Cette idée s'exprime dans Homère sous une forme naïve, mais très-précise. « Deux tonneaux sont placés devant le seuil de Zcu« et contiennent les dons qu'il répand; l'unie mal, l'autre le bien. Celui à qui le dieu porteur de la foudre donne un mélange des deux, rencontre tantôt le mal, tantôt le bien. Celui pour qui il puise seulement à la source des douleurs, est voué aux outrages ; la faim dévorante le chasse par toute la terre, il erre en tous les lieux et n'est honoré ni par les dieux ni par les mortels*. » Si les douleurs, dont toute vie humaine a sa part, ont une source divine, en leur présence, l'homme ne peut éprouver qu'un sentiment, celui qu'exprime Achille au début de son discours à Priam : « Quelles que soient nos afflictions, renfermons-les en notre àme ; car, de quelle utilité sont les pleurs? Vivre dans la douleur, tel est le sort (jue les dieux ont fait aux misérables mortels^. » La résignation qui accepte les maux inévitables et qui les considère comme des épreuves envoyées par la divinité, n'est donc pas un sentiment dont les modernes aient eu le privilège ; c'est un sentiment grec, intimement uni à la religion de Jupiter.
L'action divine de Zeus, on peut dire sa providence, s'étend sur tous, depuis les plus puissants jusqu'aux plus humbles, depuis les rois porteurs de sceptres jusqu'aux mendiants porteurs de besaces. Dans les poèmes homériques, les rois sont appelés souvent Bicycvss;, c'est-à-dire issus de Zeus, ou encore oioTpsçés;, nourrissons ou enfants de Zeus. Le poète nous dit expressément que les rois sont particulièrement aimés du souverain des dieux. Comment ne seraient-ils pas sous sa dépendance? C'est de lui qu'ils tiennent leur puissance (tijjly) S'èx Ai5ç èrci). L'autorité royale est une émanation de l'autorité divine ; les rois de la terre sont les lieutenants du roi du ciel. En lisant certains passages d'Homère, on croit lire un chapitre de la Polilique tirée de l'Écriture