Odyss., W, iiet suiv
chant, quand Hermès conduit dans TErèbe les âmes des prétendants, avant d'arriver à la prairie d'asphodèles, qu'elles doivent habiter, il franchit avec elles le cours de TOcéan, la roche Leucas, image des blancs ossements des morts, les portes du Soleil, et il traverse la contrée qu'habite a le peuple des songes^ » Les Cimmériens n'ont pas d'existence plus réelle que ce dernier peuple. Ce pays des morts, que YOdyssée place bien loin à l'occident, était donc simplement conçu comme une terre morne, inféconde, à jamais plongée dans la nuit.
La tradition la plus générale, celle de Vlliade^ au lieu de transporter les enfers dans ces lointaines régions, les rapproche au contraire du séjour de l'homme. C'est dans les profondeurs de la terr-e habitée qu'est la demeure d'Hadès, et, à la surface du sol, on trouve des cheinins qui y conduisent. Au cap Ténare, était creusée dans le roc une ouverture souterraine que Pindare appelait l'orifice d'Hadès ; c'était par là, disait-on, qu'Hercule avait ramené le chien du roi infernal'. La ville d'Hermione, en Argolide, qui rendait un culte spécial aux divinités chthoniennes, se vantait de posséder le chemin le plus direct des enfers : c'était un gouffre qui s'ouvrait dans une enceinte consacrée à Plu ton '.Chaque canton de la Grèce avait ainsi son entrée du monde infernal : à Colone, dans le bois des Euménides où disparait le vieil Œdipe, à Trézène, à Coronée, en Thesprotide, sur les bords des marais formés par TAchéron, et en beaucoup d'autres endroits. Cette idée avait été inspirée aux Grecs par la vue des cavernes creusées aux flancs de leurs montagnes, des profondes excavations de leur sol bouleversé, des gouffres où s'abîmaient les eaux de certaines rivières : mystérieuses communications du monde des vivants avec le domaine des morts. La conception de l'enfer souterrain, pauvre à l'origine, s'était développée, grâce aux légendes poétiques des héros que leur audace avait conduits jusque dans l'empire d'Hadès et de Perséphone. C'était Hercule qui avait arraché Cerbère du seuil infernal; Orphée qui avait voulu ramener à la lumière son épouse Eurydice ; Pirithoos qui avait tenté de ravir Perséphone. D'autres, comme Ulysse, sans pénétrer jusqu'à la demeure des divinités souterraines, avaient évoqué les âmes des morts et avaient conversé avec elles. La poésie héroïque avait ainsi plus d'une fois transporté l'imagination grecque dans ce monde profond de la mort, dont elle donnait des descriptions à la fois merveilleuses et précises.