‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 347 sur 550 · Esch. Prometh · texte numérisé non relu

Esch. Prometh

Ërinyes n'oublient donc jamais les conditions nécessaires de Téquilibre de l'univers dont elles sont, comme les Parques, des puissances régulatrices. Quand une cause quelconque menace de détruire cet équilibre, elles interviennent et elles rétablissent Tordre momentanément troublé. Si Xanthos, le cheval d'Achille, a été un instant doué de la voix par liera, les Ërinyes, qui font tout rentrer dans la règle, lui retirent bientôt ce merveilleux pouvoir ^ « Le soleil lui-même, disait plus tard Heraclite, ne dépassera pas les limites qui lui sont fixées; sinon, les Ërinyes, auxiliaires de Dikc, sauront l'y ramener', d

L'action de ces divinités s'étend surtout à l'ordre moral. A l'origine, elles ont le pouvoir de la Ncmésis, encore inconnue, comme divinité, aux poètes homériques. Tout orgueil qui vise trop haut, toute prospérité qui dépasse les bornes fixées à l'impuissance humaine, trouvent dans les Ërinyes des divinités jalouses qui les renversent et les châtient. Voilà pourquoi, dans V Odyssée^ les filles de Pandaréos, accomplies en sagesse et en beauté, au moment de leur hymen, au terme même du bonheur, sont enlevées par les Harpyes qui les livrent aux Ërinyes^. Acharnées à la perte des hommes puissants et orgueilleux, elles leur envoient Atè, l'égarement fatal qui les pousse au mal, et par suite au châtiment^. Les lois fondamentales de la société et de la famille sont surtout l'objet de leur vigilance. Nul ne peut se parjurer, sans encourir leur colère ici-bas, leur vengeance sous la terre'. Le pauvre repoussé et outragé a pour lui des dieux, des Ërinyes vengeresses*. Le respect des parents, le droit des aînés sont placés également sous leur protection ^

Mais de toutes les lois, la plus importante est celle qui défend à l'homme d'arracher la vie à son semblable. Les Ërinyes sont donc les gardiennes de la vie humaine, les vengeresses du meurtre. Elles sont nées, suivant la tradition théogonique, du sang d'Ouranos tombé dans le sein de la terre ^. Le sang répandu crie vengeance : là est la raison d'être des Ërinyes, à qui nul meurtrier ne peut échapper, le meurtre fût-il involontaire, ou atténué en apparence par des nécessités sociales. « Ceux qui ont beaucoup tué n'échappent pas aux regards des dieux. Un jour arrive où les noires Ërinyes renversent le mortel qui, dans sa

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