Theog., 185, sqq
prospérité, se passe de la justice *. » Ne pas tuer, telle est Tinflexible loi dont la violation entraîne pour le coupable une réparation redoutable exigée par les Érinyes. « Nous nous plaisons, dit le chœur des Euménides, à rendre d'écjliitables arrêts. Quiconque est pur et lève vers le ciel des mains pures, n'est pas atteint par notre colère et n'a rien à craindre pendant sa vie. Mais tout criminel qui, comme cet homme, cache des mains sanglantes, celui-là nous voit apparaître, témoins incorruptibles du meurtre, vengeresses inflexibles du sang... Tel est le rôle, rôle immuable que m'a assigné la Parque, dont j'exécute l'inévitable sentence. Les mortels aux mains homicides, violateurs insensés de la loi, je dois m'attachera eux jusqu'à ce qu'ils descendent sous la terre : la mort même ne les affranchit pas de ma poursuite *. » Cette poursuite des Érinyes est une poursuite ardente, infatigable : celle d'une meute de chiens acharnée après sa proie. Le meurtrier a beau se cacher, l'œil perçant des Érinyes le découvre'* : il a beau fuir de toute la vitesse de ses pieds légers ; les pieds des Érinyes sont plus rapides encore, et d'un bond elles atteignent leur victime dont les jambes chancellent et qui tombe, haletante, entre leurs mains.
Quand le meurtre commis est celui d'un père ou d'une mère, la vengeance des Érinyes redouble d'intensité. Le parricide est, en effet, le plus grand attentat à ces lois naturelles de la famille, dont les Érinyes sont les gardiennes. 11 n'est pas besoin, d'ailleurs, que le crime des enfants aille jusqu'au meurtre; il sufGt qu'ils aient encouru la colère des parents pour que les noires déesses se lancent à leur poursuite. Dans Homère aussi bien que dans Eschyle, les Érinyes entendent les malédictions des parents irrités et se font les ministres de leur vengeance *. Elles s'identifient même si complètement avec ces malédictions dont elles exécutent les redoutables effets, que leur nom devient synonyme du mot qui, en grec, signifiait Vimprécation, L'imprécation personnifiée, Ara^ n'est autre qu'Érinys elle-même, avec son irrésistible pouvoir. « 0 Jupiter, s'écrie Étéocle dans les Sept Chefs, ô terre, ô dieux protecteurs de la cité, et toi, Érinys, puissante imprécation de mon père, ne détruisez pas cette ville de fond en comble, ne l'arrachez pas du sol par les mains de nos ennemis'. » Le dénouement du drame des Sept Chefs n'est que le triomphe d'Ara-Érinys, de l'imprécation
i. £sch., Agam.,ÂQ\.
î. Eumen., 312 ; 334 édit. Weil.
3. Pind., Olymp., II, 41 : looX^x o'ôÇiî 'EctvO^. D'après la même idée, les Érinyes étaient représentées un flambeau à la main.
4. Iliad., IX, 454; 569-571 ; Odyss., Il, 135; Xî, 279. — Ettmen., 417; Choeph., 406.