I. Jul« Girard (U le " iiS. Cf. imv ttydrl
liée de Ocilia.
598 UVTHOI.OGtE DE LA GRÈCE ANTIQUE.
dieu (dg. 114). Oreste a tué sa mère. Cette violation de la loi de nature appelle un châtiment que les Érinycs, fidèles à leur Pôle, exigent impérieusement. Le meurtrier ne trouve aucune excuse à-leurs yeux dans les avis du dieu qui, pour venger le meurtre d'Agamemnon, a armé contre Clytemnestre le bras de son lils. Quand Oreste, reçu en grâce par Apollon et purifié à Delphes, est envoyé à Athènes pour y être jugé, les Ériuyes le suivent, et, devant l'Aréopage, elles réclament leur proie de la justice des hommes. Indignées contre Apollon et Athèna, a ces jeunes
divinités » qui protègent lecrimiDel, les antiques Êrinycs, les inflexibles vengeresses du meurtre, menacent de Trapper l'Attique dans la fertilîté de son sol, dans la fécondité de ses femmes, de déchaîner sur elle le fléau des guerres civiles, si le coupable est absous. Son acquittement serait le renversement de cet oi-dre de choses dont elles doivent, à tout prix, assui'cr la conservation. On sait comment à ces sombres images s'opposent bientôt, dans la tragédie d'Eschyle, des images plus douces; comment les terribles Érinycs des croyances primitives deviennent les Euménides athéniennes. La lutte engagée entre elles et Oreste, devant l'Aréopage, est restée indécise; les suffrages des juges se sont partagés. Mais la déesse protectrice d'Atlièaes a si bien plaidé la cause d'Oreste, que les Érinyes ont lini ptir céder. Elles acceptent la sentence rendue ; elles consentent à apaiser leurs fureurs, à s'établir dans le sanctuaire qui leur est consacré prés de l'Aréopage', oîi, sous le nom
de SefAvat {vénérables), elles inspireront encore aux criminels un religieux effroi, tandis que leur nom (ÏEuménides {bienveillantes) sera le symbole de la protection qu'elles exercent désormais sur le pays où elles se sont fixées. A Coloiie, elles conserveront le double cai*actère de divinités chthoniennes qui président à la fertilité du sol, qui sont en même temps en relation avec le mondede la mort, comme l'indique la disparition mystérieuse d'Œdipe dans leur bois sacré. L'art grec se fera l'interprète de cette conception nouvelle, humainement adoucie, des antiques Érinyes; les serpents qu'Eschyle le premier, dit Pausanias, avait mêlés a leur chevelure, disparaîtront de leurs images qui, en Attique du moins, n'offriront aux regards plus rien d'effrayant'.
L'honneur de cette transformation du caractère primitif des Érinyes appartient à Athènes, s'il faut en croire Eschyle. Le culte des Euménides n'était cependant pas localisé en Attique. Elles avaient des sanc* tuaires dans plusieurs endroits de la Grèce, en particulier près de Sicyone, où la nature des offrandes qui leur étaient consacrées chaque année, au jour de leur fête, semble indiquer qu'elles étaient honorées comme des divinités terrestres de la production'. Mais ailleurs le souvenir de leur caractère redoutable s'était mieux conservé. Près de Messène, on leur donnait le surnom de Maviai, c'est-à-dire de déesses de l'égarement^. En Achaïc, elles avaient un sanctuaire fondé, disait-on, par Orcste, où tout homme entaché d'une souillure quelconque, tout impie ne pouvait entrer sans être immédiatement en proie à des terreurs qui lui faisaient perdre l'esprit*. Les Érinyes s'offrirent toujours à l'imagination populaire comme des objets d'épouvante. Les vases peints, qui expriment plus fidèlement, plus naïvement que le grand art, les croyances vulgaires des Grecs, représentent les Érinyes sous les traits de vierges chasseresses, ordinairement armées de courts épieux, d'un arc et d'un carquois ; elles ont quelquefois des ailes, symbole de la rapidité de leur poursuite ; quelquefois elles tiennent à la main un flambeau, destiné à éclairer les ténèbres qui leur dérobent les criminels. Dans tous les cas, leur figure virginale s'anime de regards terribles ; de petits serpents se dressent dans leur chevelure, s'enroulent autour de leur ceinture et de leurs bras ; elles tiennent à la main d'autres serpents, plus grands, qu'elles dirigent contre la tête de leur victime. Chez Euripide déjà, les Érinyes sont au nombre de trois, comme les Parques qu'unissent à elles d'étroits rapports*. Les poètes