‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 36 sur 550 · Odxfu., XIX · texte numérisé non relu

Odxfu., XIX

la justice sans se soucier du regard des dieux. Tous les fleuves coulent à pleins bords; les torrents déchirent les pentes et mugissent bruyamment en se précipitant des montagnes dans la mer brillante ; les cultures sont dévastées ^ » De telles idées, qui ne sont pas particulières à la Grèce, nous étonnent aujourd'hui ; les rigueurs aveugles de cette colère divine nous épouvantent. Mais, si les Grecs homériques nous paraissent s'être égarés dans leur conception religieuse de la justice, il faut cependant reconnaître qu'un certain progrès moral était déjà accompli. Une idée importante avait fait dans le monde son apparition : celle de l'expiation attachée à la faute, et d'une expiation infligée par une main divine.

Zeus n'est pas seulement le dieu qui châtie ; il est aussi le dieu qui conserve les sociétés humaines, en protégeant les lois sur lesquelles ces sociétés reposent. Une des plus importantes de ces lois est celle du serment. Le serment, en grec opxo;*, était, en effet, un des rares obstacles opposés à la violence, à une époque où la violence aurait triomphé seule, si elle n'avait été arrêtée dans son cours par la crainte d'une divinité protectrice et vengeresse du droit. Or, le serment personnifié, Orkos, est d'institution divine ; il a été donné aux hommes par Zeus lui-même. « Le fils de Cronos, dit Hésiode, a établi cette loi pour les hommes : que les poissons, les bêtes sauvages et les oiseaux ailés se mangent entre eux, car, parmi eux, la justice n'existe pas ; mais Jupiter a donné aux hommes la justice, qui est de beaucoup le premier des biens'. » Tout pacte conclu entre les hommes est nécessairement accompagné de la formule religieuse du serment. Ces pactes librement consentis deviennent obligatoires, d'une obligation sacrée, dès qu'ils ont été placés par Orkos sous la surveillance des grandes divinités, de Zeus en particulier, qui sera souvent désigné par les épithètes de Orkios et de Pislios, c'est-à-dire de dieu protecteur de la foi et de la parole jurées*. Cette obligation, d'après les idées homériques, n'enchaîne pas seulement les hommes, mais les dieux euxmêmes. « Le dieu olympien qui s'est parjuré, dit le poëte, gîl inanimé pendant une année entière. Jamais l'ambroisie ni le nectar n'approchent de ses lèvres ; mais, sans souffle et sans voix, il reste étendu sur sa couche, accablé par un lourd sommeil ^. ;> Si les dieux se voient

1. lliad.y XYI, 384. Les mômes idées sont développées par Hésiode (Op. et Dies, v. 223; 236).

2. Lemolo/ox9sappartienl-il,élymologiqucnicnt,à la mémo racine que le mol l^xo^ (barrière) ?

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