Mûller, Orchomenos und die Mimjer
5. On n'a pas encore trouvé de ce mot une étymologie certaine. Welcker (Griech, Gôtt.f If 436)» d'après ApoUodore (ap. J. Lyd./)eJlfen«., 4, 38) explique 7</ié/)} par ds^uéilij, la terre
408 IlYTIIOLUGIE DE LA GRÈCE AMEQUE.
à-dirc par les ondées bienfais.intrs qui amollissent le sein durci de In terre et qui le pénètrent pour y développer la vie, Eiidéc de celte divine fécondité, Sémélè, disait la légende, eut l'impriidcuce de désirer voir dans tout l'éclat de sa gloire, au milieu de sa foudre et de ses éclairs, le dieu qui l'avait rendue mère; maïs les flammes dont Zcuâ était entouré la consumèrent; et, en mourant, c-llc laissa échapper de ses entrailles le fruit à peine formé qu'elles portaient (Rg. 117). Ce fruit, c'était Dionysos, qui, lui ~ "" aussi, eût été tué par les ardeurs
célestes, si la terre, pour protéger et ombrager l'enfant, n'eût fait courir autour des colonnes du palais de Cadmos les rameaux verdoyants d'un lierre toufTu '. Cependant Dionysos est bientôt recueilli par son père céleste Zeus, qui l'enferme et le coud dans sa cuisse, oiî doit s'achever la gestation, jusqu'au moment où l'enfant divin, venu à terme, verra le jour pour la seconde fois : double naissance dont les Grecs croyaient l'idée exprimée dans les épithètes de çi.ii.r,zwp et de c!Ojp):]j.îs; qu'ils appliquaient au dieu.
Ces détails étranges, dont le dernier au moins s'explique didicilcment *, paraissent avoir leur origine dans les plus anciennes traditions religieuses de la race arienne. Les indianistes ont, en effet, remarqué l'analogie qui unit la légende de la uaiss.imM; de Bncchus à celle du dieu Sonia. Soma, dans le Véda, c'est le ji:s de la plante acide qui servait à faire des libations aux dieux, et, par suite, la libation personnifiée, qui devient une divinité médiatrice ciUrc les hommes et les
;. 117, — Naissanre de Dacilius.
«insidfr^e tomme \e fomlemfnt de toules chotics. Cf. Fala^- l.i'Ani [Uijmn. hom. XXX, 1}. Diodore (111, C2) ilont Tif minn i tl& rcfiroduiie par Scli'ini.mn (O/iuic. Il, 155) oiplU qiuit st^iitt par «r/iv^, cpilhïle de la Terre. L'i'tvniologic pit^ioaje par H. Hnurj {IHài. det htl. de la Grèce, f, 508) ()ui cunud^re co mot comme tiiiiivulcnt i qiH'"Ii "^^ ^" il^ccord avec la doiini'C g.'n^riilc du mjlliG.
1. Eurtp-, P/iimi., tilN. Le sclioliaste, se fondant sur le tjinoi);nngc de )1na»^s, expliquait ainsi le surnom de nipuiovioi, que les Thi'Laiiu donnalint au diou : ciplication éiidemment sans valeur.
2. L'idiJc de llionysos enfermé dans II cuisse de Zeus, a peuL-ftre son origine dnns de lausscs inlerprùlu lions de certaines i-pilliùtes dn dieu dont le sens sVtiit pcniu, mnime celle ds cijHçiûTi;; que Ir-s Crées nltseliaient i ippiflint, flre cnimu. Me niOnic let ^pilbi;tes de /iil/MppuViif ou iir,pf!paf',t. doivent sans dtiulc leur oj'iginc 1 un autre mot que /i^/is;,
dieux. Or, le Soma est surnommé vinas, aimé; épitliètcque les frères des Aryas, en pénétrant en Europe et en Grèce, transportèrent au jus du raisin, au vin, dont le mythe dionysiaque que nous venons de citer exprime la lente et difficile production. Le dieu Soma est reçu dans la cuisse d'Indra comme Dionysos dans la cuisse de Zeus*. Comme lui, il est arraché au sein de sa mère foudroyée; car il naît du feu produit par la friction des deux morceaux de bois qui composent Varâni; comme lui, enfin, il a une double naissance, et on le surnomme Dwidjanman, né deux fois ou 7ié sous deux formes; car, après avoir été tiré de la flamme du sacrifice, il est transporté dans les cieux par les invocations des prêtres*.
Ces analogies, que notre incompétence ne saurait contester, ne rendent pas compte, à ce qu'il semble, de la conception fondamentale du mythe grec, qui paraît être l'histoire de la naissance et de la maturité de la grappe de raisin. Cette histoire, dans l'imagination grecque, devient un drame. A peine la terre est-elle sortie du long sommeil de l'hiver qu'elle subit l'action du ciel, et de cet hymen fécond conçoit les germes de la vie. La sève printanière monte aux sarments de la vigne qui déjà bourgeonne, et le dieu commence à se former. Mais bientôt Jupiter foudroie Sémélè : l'ardeur des rayons solaires dessèche et consume le sol, et le jeune fruit périrait, s'il ne se cachait sons les feuilles de l'arbrisseau qui le porte. C'est alors le ciel qui achève l'œuvre de la terre ; c'est lui qui défend et protège Dionysos en se couvrant de nuées, d'où s'échappent de rafraîchissantes rosées dont l'humidité nourrit la grappe naissante et hàtc sa maturité^.
La légende disait en effet que Dionysos, à peine né, avait été confié, par les soins d'Hermès, aux Nymphes, ses nourrices : sujet populaire, souvent reproduit par les artistes grecs (fig. H8). Or, les Nymphes représentent l'humidité de la terre : c'est la sève qui anime les plantes et les arbres; ce sont les sources jaillissantes, ce sont les fleuves aux grandes eaux. D'après une autre tradition, ce fut Ino, sœur de Sémélè, qui prit soin de l'enfant; mais Ino-Leucothéa est également une divinité des eaux. Selon Phérécydès, les nourrices du dieu avaient été les nymphes de Dodone, les Ilyades : nymphes pluviales, qui conservèrent cette signification quand elles furent placées dans le ciel comme constellations. Le plus souvent, cependant, les nourrices de Dionysos
1. Voir Kuhn, Zeilschr. fur vergl. Sprachf., I, 191. Cf. Pictet, Origines indo-européennes, t. I*, I». 511 et siiiv.
2. Voir pour le développement de ces idées le mémoire de M. Lanjçlois Sur la divinUé védique appelée Sojna, dans les Mémoires de TAcadcmie dos Inscriptions (t^ XVIII, 2* partie)-
7). Nous nous rattachons à l'explication donnée par Preller, Grieeh. Mylh., I, p. 546-547. Ci'. A. Kulin, Die Herabkunfl des Feuers, p. 167 sqq.
410 MYTHOLOGIE DE LA GIIÉCK AMIQl'E.
senties nymphes (le la montagne de Nysa, et le dieu lui-même est or- (liDairement appelé le dieu de Nysa, Quelle est donc cette montagne sacrée, ce « divin Nyséion », dont il eât déjà question dans VIliade? Aux époques historiques, il y avait dans les pays grecs beaucoup de montagnes du nom de Nysa ; car chaque canton où la vigne était cultivée prétendait à l'honneur d'avoir élevé l'enfance du dieu. Quand )c culte de Dionysos se fut propagé partout en Grèce et dans une partie de l'Asie, il y eut des collines et des villes du nom de Nysa,
Yig. ItS, — Le jeune Bicchus conn^ aui Nymphei juir Hermte
non-seulement en Thrace, en Thessalic, en Eubée, en Béotie et à Nazos, mais en Carie, en Lydie, en Cappadocc, en Arabie et jusque dans l'Inde'. En réalité, Nysa ne fut à l'origine qu'un lieu de fantaisie, éclos de l'imagination grecque, par suite d'une méprise étymologique. Pour les Grecs, en elTet, le nom de Dionysos, décomposé en deux parties, ne pouvait signifier autre chose que le Jupiter ou le dieu de Nysa. De là cette géographie fantastique qui fait placer Nysa, par l'auteur d'un (tes hymnes homériques, dans une contrée vague, merveilleuse. a assez loin de la Phénicie, dit-il, mais assez près des eaux de l'jtlgyptos,' »
Cette interprétation antique du nom de Dionysos n'a pas lieu de nous surprendre, si nous songeons combien de mythes grecs n'ont pas d'autre origine qu'une fausse étymologie. La science moderne n'a d'ailleurs guère mieux réjissi que les anciens à expliquer le sens étymologique d'un dieu dont le nom ne se retrouve pas dans le panthéon védique; et ce n'est pas en toute certitude qu'elle fait remonter la seconde partie du uiot Dio-nysos à une racine qui exprime une idée d'humidité et de fluidité' : hypothèse qui cependant, il faut le recon-
1. Voir Etienne de Byianie au mol Nùm, et Hûsjeliius au mot Nû».