‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 363 sur 550 · II. — LÉGENDES ET CULTE DE DIONYSOS EN AHIQUE · texte numérisé non relu

II. — LÉGENDES ET CULTE DE DIONYSOS EN AHIQUE

C'est de la Béotie, où se forma la légende principale du dieu, que son culte paraît s'être introduit, très-anciennement, en Attique, où il eut pendant longtemps une forme simple et une signification précise. Deux bourgades, celle d'Éleuthères et celle d'Icaria, prétendaient à l'honneur d'avoir donné l'hospitalité au dieu et d'avoir été les premières favorisées de ses dons. Éleuthères, située sur le versant méridionial du Cithéron, dans un des défilés qui conduisent de Béotie en Attique, a pu être, en effet, une des stations du culte du dieu thébain avant son introduction dans les campagnes voisines d'Athènes. Mais Éleuthères n'appartint qu'assez tard à TAttique : c'est donc à Icaria qu'il faut chercher la vraie légende locale de Dionysos, celle qui a trait à la découverte du vin et à sa propagation dans la contrée. Voici cette légende dans sa naïve simplicité.

Il y avait un ancien roi, ou plutôt le premier roi du pays, qui s'appelait, du nom du pays lui-même, Icnrios, Un jour Dionysos, dans le cours d'un de ses voyages, s'arrêta dans la maison de ce roi et y trouva un bon accueil. A son départ, le dieu voulant récompenser Icarios de son hospitalité, lui fit don d'un cep de vigne et lui enseigna l'art de laife le vin. Mais celui-ci, quand l'époque des vendanges fut venue, ne voulut pas jouir tout seul des bienfaits du dieu, et il eut l'idée d'y laire participer les autres hommes. Il se mit donc à parcourir les campagnes avec des outres pleines de vin où s'abreuvèrent tour à tour, et sans modération, laboureurs et bergers. Mais aussitôt, voici la raison de ces gens ()ui s'égare : ils se croient empoisonnés; dans leur fureur ils tuent Icarios, et ne lui donnent la sépulture que le lendemain, quand leur ivresse est dissipée. Icarios avait une fille, du nom d'Érigone qui, pressentant sans doute le malheur qui était arrivé, allait partout, criant et se lamentant, à la recherche de son père; et elle ne le trouvait point quand 3/a/ra, la chienne familière qui l'accompagnait, lui indiqua par ses aboiements l'endroit où le corps était enseveli. Érigone, dans son

désespoir, se pendit h l'arbre au pied duquel était la sépulture de son père*.

Cette légende s'éclaireira facilement pour nous, si nous songeons à la signification du nom d'Érigonc et du nom de sa chienne Maira. Èmgonè^ c'est celle qui naît au printemps^ c'est la jeune grappe de raisin. Maira^ (la brillante^ Vétincelante^), c'est la constellation du Chien, la canicule. La légende, réduite à ses éléments essentiels, ne signifie donc autre chose que ceci : au printemps, le cep de vigne donne naissance à la grappe ; devenue grande, celle-ci pend à l'arbrisseau d'où elle naquit, tandis que les rayons ardents du soleil d'été l'accompagnent dans sa croissance et la font mûrir.

Le sens de ces idées simples était sans doute depuis longtemps perdu, quand les habitants dudèmc d'Icaria, à la fête des aio)px', attachaient aux branches des arbres des figurines en terre glaise ou en cire, qui s'y balançaient au gré du vent, comme les oscilla dans les campagnes du Latium^ : souvenir de la fin malheureuse d'Erigone, ou, en langage ordinaire, de la grappe qui, pour la première fois, s'était suspendue aux rameaux de la vigne. C'est également à cette époque mythique qu'on faisait remonter un des plaisirs les plus populaires des campagnes de l'Attiquc à l'époque des vendanges : les Ascolies ('AcrxwAix), où, sur une outre gonflée et arrosée d'huile, les jeunes paysans s'exerçaient à sauter et à danser sur un seul pied ^, a l'imitation d'Icarios, disait-on, qui ayant un jour vu un bouc ronger sa vigne, avait fait une outre de la peau de cet animal et avait dansé sur cette outre, dans la joie des premières vendanges.

La conception de la divinité de Bacchus était donc, à l'origine, et resta pendant bien longtemps en Âttique d'une extrême simplicité. A l'époque la plus brillante de la civilisation hellénique, quand les grandes DionysieSy par l'éclat de leurs pompes, par l'attrait des représentations théâtrales dont elles étaient l'occasion, attiraient à Athènes

i. Celle légende, racontée tout au long par ApolJodorc (III, 14, 7, édit. Bekker) devait être populaire en Attique; car elle était le sujet d'une tragédie de l'hryniclios et d'une tragédie de Sophocle, qui avaient toutes âeu% pour titre : Érigouè.

2. De la racine /a a p, idée de poli, de brillant. Ct. fiap-zi-oLlp-caj etc. La constellation du Chien est quelquefois déâignée par les mots : JAaipvji àari^p (Nonnos, Dionys., V, 1*i\ ; XII, 287, etc.).

Page 1