Didym., ap. Schol.. Arist., Acham,, iU
5. \ Sicyonc, dans l'édifice appelé Nyniphôn, et où les femmes célébraient des mystères, les images des trois grandes divinités clithonicnncs n'étaient que des létes ou des masques. Pausan., Il, il, 3 : xxl àyiifixru Atovû^ou /.ai Avî/aïjt/îo^ xat Kopvjj, rà Tr/odawTîa ^atvovra, «V r6i ^u/i'^dvC lortv. Cf. VIII, 15, 3. M. Heuzey {Mission de Macédoine^ pi. 2, lig. 8) a trouvé, sculpte dans les rochers de Philippes eu Thrace, un buste de Bacchus dans les mêmes conditions. Cf.. la Démêler Thesmophoros de Thèbes qui n'étail visible qu'a mi-corps et jusc|uV) la hauteur de la poitrine (Pausan., IX, 10, 5) et la demi-figure de terre cuite, représentant Dèméter, trouvée dans la nécropole de Thèbes (Monuments nrccst 1873, pl< I, art. de M. Ilcuzcy).
420 MYTHOLOGIE DE LA GKÊCE Âr^TlQUE.
ture. Aussi y accourait-on de toute part. Tandis que les petites Dio* nysies ne se célébraient que par dèmes isolés, on voyait affluer aux Dionysies athéniennes un immense concours venu de tous les points de TAttique, des colonies et des pays alliés de la grande république. Le Dionysos qu'on y fêtait n'était plus le dieu simple des vignerons et des paysans dicaria : c'était le dieu venu d'Élcuthères, disait-on, et dont onpromenait, ce jour-là, l'image antique, en grande pompe, depuis le sanctuaire du Lènseon, à travers le Céramique, jusqu'à l'Académie. Or ces mots : « Dionysos Ëleuthérien » peuvent avoir en grec une double signification ^ On les interprétait dans leur sens le plus large, le plus élevé, et l'on disait que Dionysos était le dieu libérateur : celui qui délivre la terre des liens de l'hiver, celui qui dégage les âmes de l'étreinte des soucis et des misères de la vie % celui qui apporte à la nature comme aux hommes la liberté. Aussi, par une de ces coutumes généreuses et vraiment humaines dont Athènes a donné Pexemple au monde antique, proclamait-on ce jour-là l'affranchissement d'un certain nombre d'esclaves et accordait-on à ceux-là même qui restaient dans la servitude quelques heures de joie et d'indépendance. Le cortège qui accompagnait l'image du dieu dans sa marche triomphale à travers le plus beau quartier de la ville, avait de quoi fixer l'attention et l'admiration des étrangers par l'éclat varié des costumes, par les attitudes comiques et les poses grotesques des personnages masqués qui représentaient la suite sauvage du dieu, les Silènes et les Satyres, par les évolutions de nombreux danseurs autour de l'image sacrée, par des chœurs de chant où les voix des enfants se mariaient à celles des hommes, par les accents éclatants du dithyrambe qui, avec l'accompagnement de la flûte, ne cessaient de retentir en l'honneur du dieu vainqueur. Les dithyrambes chantés aux grandes Dionysies avaient été composés pour la solennité par les grands poètes lyriques de la Grèce ; par Lasos d'Hermione d'abord, le maître de Pindare, par Simonide ensuite et par Bacchylide de Céos. Le témoignage le plus précis et le plus intéressant que nous possédions à ce sujet, est un fragment bien court de Pindare, mais qui est encore le morceau de ce genre le plus étendu que nous ait légué l'antiquilé. Voici ce fragment dont une traduction, même la meilleure'*, rend difficilement le charme grave et cette « austère harmonie » dont il était un modèle, au
i. A(dyu70{ 'EXeyjdepeùi, c'est le dieu d'Eleutlièrcs ; Aeovuvo; 'EUvOipoç ou^EXtuBipioi, c'est le dieu libérateur. Les deux sens ont dû se confondre de bonne heure.
2. C'est l'inlerprctation de Pindare (ap. Plut., Adul. et Am., 27) o >ûwv xb tûv ^uy^ô- /:ei)y ax^C'^tov fiipiiiv^tv. De là les épithètes de Au^eof et AuaTo{, ialin Lyreus.
3. Nous empruntons la traduction (|uc donne de ce morceau M. Girard, p. 382 de son livre sur le Sentiment religieux en Grèce.
jugement de Denys d'Halicarnassc, à qui nous en devons la conservalion*.
« Jetez les yeux sur notre chœur, envoyez-nous la Joie et réclat, ô dieux olympiens qui, au milieu des parfums de Tencens, visitez le centre de la sainte Athènes et sa place brillante de gloire et de magnificence. Recevez les couronnes de violettes et l'offrande des fleurs printanières, et daignez regarder le poëte qui, de la fête de Jupiter, s'est avancé avec un hymne éclatant vers le dieu couronné de lierre, celui que nos bouches mortelles invoquent sous les noms de Rromios et d'Ériboas. Je suis venu célébrer la race des héros glorieux et des femmes de la famille de Cadmos (c'est-à-dire Bacchus fils de Sémélè et petitfils de Cadmos). Dans Targienne Némce, le devin attentif saisit le moment où la palme s'élance du tronc, quand s'ouvre la chambre des Heures et que les fleurs odorantes sentent le souifle embaumé du printemps. Alors le feuillage aimable des violettes se répand sur la terre immortelle, alors les roses s'enlacent dans les chevelures, les voix retentissent mêlées aux accords des flûtes, et les chœurs font résonner les louanges de Sémélé, ceinte d'un gracieux bandeau. » Et dans un autre fragment dithyrambique, le poëte théhain chantait le merveilleux éclat dont rayonnait Athènes à pareil jour : « 0 ville brillante, ville couronnée de violettes, mille fois digne d'être chantée, rempart de la Grèce, illustre Athènes, acropole divine! »
L'enthousiasme de Pindare n'était pas un enthousiasme de commande. Athènes offrait alors au monde un spectacle tel qu'aucune société humaine n'en vit jamais de plus brillant ni de plus noble. C'était en eiTet à ces fêtes dionysiaques que, pendant plusieurs jours et sans interruption, se déroulaient aux yeux des Athéniens et des étrangers toutes les merveilles du théâtre attique. Ce théâtre, il ne faut pas l'oublier, avait grandi à l'ombre de la religion de Bacchus qui en avait été pendant longtemps l'unique inspirateur ; et, même plus tard, quand le dieu fit place sur la scène à d'autres héros, son souvenir y resta encore présent dans les chœurs de la tragédie et de la comédie, et surtout dans le drame satyrique. Les Athéniens qui venaient s'asseoir sur les gradins du théâtre de Dionysos creusé au flanc méridional de l'Acropole, en vue des flots de la mer Egée, pouvaient donc dire avec raison que le dieu dont on célébrait la fête par de si nobles œuvres était réellement Dionysos Éleutheros, le dieu libérateur : car c'était lui qui, en offrant aux hommes le tableau d'aventures idéales et de passions héroïques, arrachait les âmes aux nécessités du présent et aux liens
1. De CéOmp. verb., cap. xxii. Bergk, hjrici Gifrci, fragm., 53, p. 300.
des basses réalités, pour les transporter par de tels spectacles dans le monde supérieur de la fiction*.
m. — LÉGENDES DIONYSIAQUES DE LA MER EGÉE. — DIONYSOS ET ARIANE. — ENLÈVEMENT DU DIEU PAR LES PIRATES T\RRHÉNIENS.
En suivant la conception primitive de Bacclius à travers les différenles contrées de la Grèce, nous la voyons, sans s'altérer sensiblement, recevoir dans chaque pays où la vigne était cultivée des développements nouveaux, originaux, qui sont comme les variantes inépuisables d'un même thème. Du fonds d'idées simples qui se rattache à la croissance de la vigne, à la maturité du raisin, à la récolte et aux plaisirs du vin, on voit éclore une série de contes merveilleux, d'avcn- Im'es fantastiques qui attestent la singulières lécondité de l'imagination populaire des Grecs. Chaque canton vignoble est envahi, si je puis dire, par la végétation vivace et variée des mythes dionysiaques. Dans TArchipel, depuis Thasos et Lemnos jusqu'en Crète, partout oti le cep peut grandir, Dionysos était le sujet de légendes particulières et l'objet d'un culte dont les monnaies de quelques-unes de ces îles nous offrent encore le vivant témoignage*. Forcé de nous borner et de choisir entre toutes ces légendes, nous étudierons seulement deux des plus importantes : celle qni est née à Chioii et celle qui s'est développée à Naxos.
La grande île de Chios produisait autrefois, comme aujourd'hui, un des meilleurs vins de la Grèce. Aussi les phénomènes météorologiques qui précèdent ou qui accompagnent la récolte du raisin avaient-ils de bonne heure fixé l'attention des habitants de cette île. Ils avaient remarqué, entre autres choses, que l'époque des vendanges correspondait à peu près au moment oii la constellation d'Orion se lève à rhorizon vers minuit, et où on la voit le matin au milieu du cieP. A répoque où Ton faisait le vin à Chios, il y avait bien longtemps qu'on
1. Pour complélei* l'énuméralion des lèlcs atliques de Dionysos, il faut citer celles qui fo célébraient, tous les cinq ans seulement, à Brauron, et où Atliènesre faisait représenter par dix députés sacrés (Aristopli., Paœ, 873. s<|q. Schol.)- H y avait à cette léte des concours de rhapsodes (llcsyeli., v. Boaucoivtoe). Welcker {Der rpiscfie Cijclus, I, 591) el après lui Dnumeister dans son Commentaire des hymnes homt^riques (p. 539), supposent que l'iiymne VII à Dionysos, dont il sera question plus loin, l'ut débité à l'une de ces fêtes. Ce n'est qu'une pure hyiKjlbèse. Yoirllignanl, thèse sur les Hymnes fiouK'riques, p. liO-lil.
2. Voir le Dionysos barbu des monnaies de Thasos et de Naxos.
5. Cf. Preller, (iriech. Myth., ï, 552, dont nous résumons les idées sur ce point, mais avec quelques variéU'S d'inlerprélalion. Sur Orioii. voir livre I, chap. xii, n, les planètes el les étoiles.
n'avait vu l'astre brillant se lever, comme en été, à Torient, au point (lu jour. Ailleurs on prétendait qu'Arlémis l'avait percé de ses flèches ; mais, à Chios, voici ce que Ton racontait.
Après les vendanges, le géant Orion vint un jour trouver Œnopion le fils de Dionysos et d'Ariane, et il s'enivra chez lui du vin nouveau ; puis, il voulut déshonorer la femme de son hôte*. Mais celui-ci profita de l'ivresse d'Orion pour lui crever les yeux et il le jeta sur le rivage. Orion aveuglé se relève, marche à tâtons dans la mer, se laisse diriger par le bruit des forges d'Hépha;stos qu'il entend dans le lointain et arrive à Lemnos. Là, il saisit un des compagnons du dieu, le charge sur ses épaules et se fait conduire par lui dans la direction du soleil levant, aux rayons duquel il rallume la lumière de ses yeux. Il veut alors se venger d'Œnopion ; mais celui-ci est caché par Poséidon dans les profondeurs d'une demeure souterraine, et la colère d'Orion reste impuissante*. Voici, si je ne me trompe, la traduction de cetle légende, réduite à ses éléments simples. Au moment des vendanges dont Œnopion est une personnification, Orion est aveuglé, car on ne voit plus sa brillante lumière à l'occident; il marche dans les ténèbres, car c'est à partir de minuit seulement qu'il s'avance dans le ciel ; et il semble aller sans cesse au devant du soleil levant, jusqu'à ce qu'enfin, au commencement de l'été, on le voie de nouveau briller à l'orient, comme s'il empruntait sa lumière à l'astre du jour. Mais c'est alors l'époque où les ardeurs brûlantes du soleil menacent la vigne ; il semble donc qu'Orion veuille se venger d'Œnopion et consumer la grappe de sa torche enflammée ; mais celle-ci est protégée par Poséidon, c'est-à-dire, par les eaux dont la terre est imprégnée; et c'est grâce à cet heureux concours de chaleur et d'humidité que les raisins viennent à maturité. Dans cette légende, comme on le voit, la personne de Dionysos a disparu pour faire place à celle de son fils Œnopion, une des personnifications secondaires de la vigne et du vin.
Dans le mythe de Naxos, au contraire, Dionysos joue un rôle important. Nous l'y trouvons intimement associé (fig. 119) à une divinité féminine, Ariane^ dont il importe de déterminer le caractère.
Ariane, fille de Minos, est évidemment originaire de Crète, et son union mythique avec Dionysos devait être une des plus anciennes tra* dilions religieuses de ce pays. Mais, autour du mythe crétois est venu s'enlacer, comme une plante parasite, le mythe athénien du héros
1. Fragment dithyrambique de Pindare, n** 50, «'d. Bcrpk: ^Ajo/u ttotî Bùtp^x^'U «'t'x'