‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 373 sur 550 · Hymn. hom., VII, éd. Baumeister · texte numérisé non relu

Hymn. hom., VII, éd. Baumeister

des hommes montés sur un beau navire, des pirates lyrrhéniens, approchent rapidement à travers les sombres vagues : c'est une mauvaise destinée qui les amène. Ils ont vu le dieu, ils se font signe Tun a Tautre, ils sautent à terre : aussitôt ils saisissent leur proie et l'emportent sur leur navire, et leur cœur se remplit de joie. Ils l'avaient pris pour le fils d'un des rois nourrissons de Jupiter, et ils voulaient le charger de liens pesants; mais le dieu n'est point enchaîné par les liens et l'osier tombe loin de ses mains et de ses pieds, et lui, il s'assied en souriant de ses yeux noirs. Le pilote, qui l'a observé, adresse à ses compagnons de pressantes exhortations, et il leur dit : a Malheureux, quel est celui que vous avez enlevé et que vous voulez enchaîner ? Quel est ce dieu puissant? Notre solide navire ne peut pas le porter. Car c'est Jupiter ou Apollon à l'arc d'argent ou Poséidon, puisqu'il ne ressemble pas aux hommes mortels, mais aux dieux qui habitent le palais de l'Olympe. Allons, déposons-le sans retard sur le noir continent, et ne portez pas les mains sur lui, de peur que sa colère ne suscite les vents violents et les longues tempêtes. » 11 dit, et le chef du navire le réprimande durement : « Misérable, fais attention que lèvent nous seconde; tends la voile du navire en employant tous les agrès; quant a celui-ci, nos hommes s'en occuperont ensuite ; j'espère qu'il arrivera en Egypte ou à Chypre ou chez les Ilyperborécns ou encure plus loin, et qu'à la fin il nous dira où sont les siens et toutes ses richesses et ses parents, puisque la divinité l'a fait tomber entre nos mains. » A ces mots, il dressa le mât du navire et tendit la voile. Le vent souffla en pleine voile et ils mirent tous les agrès dehors. Mais, à l'instant, leurs yeux sont frappés d'éclatants prodiges. D'abord, tout le long du sombre et rapide navire, coulent les flots murmurants d'un vin délicieux, parfumé, qui exhale une odeur divine. A ce spectacle la stupeur saisit les matelots. En même temps, on voit grimper jusqu'au haut de la voile une vigne qui projette ça et là ses rameaux, auxquels se suspendent des grappes nombreuses; autour du mât s'enlace un lierre au sombre feuillage, tout fleuri, et d'où naissent de gracieux fruits; toutes les chevilles des rameurs ont des couronnes. A celte vue, les matelots ordonnent au pilote de gagner la terre. Maisledieu est devenu un lion, un lion qui, à la proue, pousse de furieux rugissements; au milieu du navire, donnant des signes de sa puissance, il crée une ourse au cou velu qui se dresse furieuse, tandis que le lion, à l'extrémité du pont, lançait des regards terribles. Les matelots s'enfuient à la poupe auprès du sage pilote et s'y arrêtent éperdus; alors, tout à coup, le lion bondit et saisit le chef. Les autres, à cette vue, voulant éviter la fatale destinée, sautèrent tous à la fois dans la mer divine, et ils devinrent dauphins.

Bacclius eut pitié du pilote; il le sauva, il le rendit heureux et il lui dit : « Rassure-toi, excellent pilote, toi qui es cher à mon cœur, je suis Dionysos, le dieu retentissant, qu'enfanta une mère Cadméenne, Séraélè, unie d'amour à Jupiter. »

La tradition de Tenlèvement de Bacchus par les pirates tyrrhéniens était célèbre dans l'antiquité, grâce, sans doute, à ce beau récit. Euripide y fait allusion au commencement du Cyclope, où, pour expliquer la captivité de Silène et des Satyres chez Polyphème, il suppose qu'ils s'étaient mis en mer à la recherche de leur dieu. Au milieu du quatrième siècle, un artiste, contemporain ou élève de Praxitèle, sculpte cette scène sur la frise du monument choragique de Lysicrate, vulgairement appelé la lanterne de Démosthène, qii'on voit encore à Athènes dans l'ancienne rue des Trépieds. Tout en restant fidèle aux données essentielles de la tradition homérique, l'artiste n'a pas craint de

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Fig. 122. — Bacchus vainqueur des pirates.

la modifier et d'en traiter librement les détails. La scène ne se passe plus sur un vaisseau, mais sur le rivage. Dionysos, qui occupe le centre de la composition, est tranquillement assis, jouant avec un lion auquel il présente une coupe; à droite et à gauche, deux jeunes Satyres se reposent comme lui (fig. 122); deux autres, debout, puisent dans une amphore ijui est placée devant eux, tandis que les vieux Satyres . combattent les pirates à coup de thyrses et de torches enflammées, les frappent, les assomment et les précipitent dans la mer où l'on voit s'opérer, grâce à l'art habile du sculpteur, leur métamorphose endauphins^ On aimerait àcroire qu'Ovide avait eu sous les yeux cette œuvre d'art, et que c'est elle qu'il a voulu décrire au troisième livre de ses Métamorphoses j dans des vers ingénieux, d'un art raffiné qui est presque aussi éloigné de la simplicité de Thymne homérique que Tobscurité pompeuse des vers consacrés au même sujet par Nonnos de Panopolis, dans ses Dionysiaques^.

1. Le dessin est réduit d'aprôs Shiart (Antiquities of Athen, I, pi. 3 et suiv.), Cf. les Denkni. d. ait. Kunst de Mflller-Wicsclcr, F, pi. XXXVII, n» 150. Li niéiiie scrne est repr«>duite à l'intérieur d'une coupe de Vulci (Gerhard, Auserlescne Vasenbiidcr, I, pi. 49). Cf. Pliilostr., Iniagy., I, 19.

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