Ovid., Metamorph., IH, 576; Nonn., Dionys,, XLY
L*hymne homérique qui nous offre le plus ancien récit de la lutte de Bacchus contre lespirates, nW pas seulement îemarquablepar ses poétiques beautés : au point de vue mythologique, il contient un développement nouveau de la légende du dieu. Cette victoire où la divinité de Bacchus éclate par de nombreux miracles, est son premier triomphe ; et ce triomphe éveille aussitôt l'idée d'une puissance irrésistible. Cette idée se rattache d'ailleurs facilement à la conception élémentaire du dieu du vin. Chez certains tempéraments, le vin produit une énergie fébrile, une exaltation des forces musculaires, qui semble dépasser quelquefois les limites de la nature humaine et qui éclate en actes d'une prodigieuse violence. Le dieu qui communique de tels transports devient donc facilement le dieu puissant, le dieu fort, le dieu qui triomphe de tout. Sous ce rapport, Bacchus se rapproche d'Hercule. Comme lui, d'après certaines traditions postérieures à Hésiode*, il a pris part, dans les champs Phlégréens, à la lutte des dieux contre les Géants, et c'est l'intervention des deux héros qui a décidé la victoire en faveur des dieux. Comme Hercule, il est descendu aux enfers, et vainqueur des puissances de la mort, il a ramené des ténèbres souterraines à la lumière céleste de l'Olympe sa mère Sémélè, qui porte désormais le nom de Thyonè^ (la Ménade divine), et qui devient l'inséparable compagne de son fils. Quiconque a voulu lui résister a été frappé de mort : il a livré le héros thébain Pentheus en pâture à ses Bacchantes furieuses. La mer lui est soumise comme la terre. On racontait à Tanagre que les femmes de ce pays, étant un jour entrées dans la mer pour s'y purifier avant de célébrer les fêtes du dieu, avaient été attaquées par Triton; mais qu'aussitôt elles avaient appelle Dionysos à leur secours, que le dieu était accouru, avait lutté contre Triton et qu'il l'avait dompté. D'après une autre version, qui explique presque la première, il y avait sur les côtes de Béotie un Triton, c'est-à-dire un monstre marin qui attaquait les troupeaux paissant sur le rivage et même les pécheurs dans leurs frêles embarcations : on imagina de déposer sur la côte un grand cratère rempli devin : attiré par l'odeur, Triton s'approche, boit la liqueur et s'endort sur le sable. H fut alors facile aux gens de Tanagre de couper la tête au monstre, et comme on avait profité de son ivresse pour le tuer, on répéta qu'il avait péri sous les coups de
i. Eiirip., Cychp., V, 5-G. Cf. Diod., IV, 15 ; Schol., Pind., JVeni., 1, 100.
2. euo»v>î ressemblait singulirreinent, dans la prononciation grecque, à Atoîv»7 qui est quelquefois donnée coinnie mère à Dionysos (Eurip., Anlig., ap. Schol., Pind., Ptjlh., III, 176). Je soupçonne qu'il y a eu confusion ciilre les deux mots. De même, la tradition qui fait de Dionysos un lils de Dionè repose peut-être sur le rapprochement de Aiûvyj et de AcoiwTO^.
Dionysos*. Ce conte populaire n'est sans doute qu'une image des merveilleux effets du vin, dont non-seulement les hommes, mais les êtres qui rapprochent, sur terre comme sur mer, ressentent et subissent l'inévitable puissance.
L'idée de la force irrésistible de Dionysos conduit facilement à l'idée de ses métamorphoses dont Thymne homérique cité plus haut nous a oflert une première image. Comme le vin communique souvent à l'homme une énergie violente et sauvage, qui semble appartenir plutôt à la nature animale qu'à la nature humaine, on attribua à Dionysos la force du taureau et celle du lion; et l'imagination exaltée de ses adorateurs crut, au sein de ses Orgies, l'apercevoir sous l'une ou sous l'autre de ces formes. « 0 Dionysos, s'écrie le chœur des Bacchantes d'Euripide, montre-toi : apparais à nos yeux, soit sous la forme d'un taureau, soit sous celle d'un dragon à plusieurs tètes, ou d'un lion qui exhale la flamme '. » De là les cpithètes de dieu « aux cornes ou au front de taureau', de dieu Taupcjxsp^c; ou X£5VTcp.5p9s;. » En Elide, les femmes invoquaient Dionysos par la prière suivante. « Viens, héros Dionysos, viens avec les Charités dans ton temple saint sur le bord de la mer ; élance-toi de ton pied de bœuf,» Et elles répétaient deux fois en chœur : « *'A$ie Ta5p£, auguste taureau. » Cette prière, qui embarrassait Plutarque *, trouve son commentaire dans le camée antique ici reproduit (fig. 123). Le taureau, tête baissée, porte les trois Charités entre ses cornes ; au-dessus de son dos on voit sept étoiles, qui senties Pléiades. Or, les Pléiades se lèvent au commencement de mai, et les Charités personnifient les rayons ou les joies du printemps. Le taureau Dionysos, s'il ne représente pas la constellation même du Taureau, semble donc être l'image du puissant soleil qui faitéclore la végétation printanière. A Cyzique, Baccims était également figuré sous la forme d'un taureau*. A Samos, on voyait dans son temple un lion à la gueule béante, au sujet duquel Pline raconte une histoire merveilleuse analogue à celle du lion d'Androclès; ce lion n'était
Fig. 123. — Dionysos Tauromorphe.