iEwbyl., Fragnu, cdit. Alirens, coll. Didot, p
IITTHOLOGIB.
religieux de l'Asie a marqué Dionysos de son empreinte. 11 en a fait un dieu à double nature, un symbole de Tessencc divine qui embrasse tout, qui comprend tout, qui se suffit à elle-même, une divinité androgyne, comme Siva dans Tlnde * ou comme Astarlé en Syrie. Féminisé au contact de TAsie, Dionysos est devenu le dieu des femmes, Tobjct préféré de leurs adorations passionnées. En tout pays, la femme, que domine son imagination et qui est souvent à la merci île ses nerfs, devient plus facilement que Tliomme la proie des folies mystiques. Aussi les femmes grecques accucillirenl-clles avec une singulière faveur ce dieu nouveau venu des rivages d'Asie, qui avait traversé la mer pour se donner à elles, cet adolescent dont la parfaite beauté, comme celle d'Adonis le bien-àimé des femmes syriennes, excitait les transports de leurs vagues désirs; et beaucoup d'entre elles coururent sur les pas de ce maître divin, pour le servir, pour se consacrer à son culte, pour être initiées à sa science sacrée, où elles devaient trouver, avec l'enivrement des sens et les béatitudes de l'extase, la purification de leur âme et la sanctification de leur vie.
Cette double idée existe, en effet, au cinquième siècle, dans le culte de Dionysos, tel qu'il est permis de s'en faire une idée, d'après les Bacchantes d'Euripide. Il ne faut pas oublier sans doute que cette tragédie, dont le poëte reporte l'action à la période mythique de l'histoire de Thèbes, est tout entière fondée sur le merveilleux, et il faut avoir soin de distinguer les Bacchantes réelles, les Thyiades comme on les appelait^, qui célébraient les orgies de Dionysos tous les deux ans au sommet du Parnasse et tous les trois ans dans les gorges du Cilhéron, des Bacchantes mythologiques et idéales telles que les décrit la puissante imagination d'Euripide. Ce sont ces dernières qui, sous l'influence du dieu dont elles sont possédées, animées d'une vie exubérante et d'une force indomptable, bondissent comme des biches à travers les torrents et les ravins de la montagne dont elles respirent les acres senteurs, le cou renversé en arrière, la chevelure au vent ; ce sont elles qui, rentrant pour un instant dans le sein de la nature sauvage et de la nature animale dont elles parcourent le théâtre, se font une couronne de serpents, allaitent des chevreaux et des louveteaux, frappent de leurs thyrses les rochers pour en faire jaillir des sources de lait ou des torrents de vin, et qui, à l'appel du dieu terrible, devenues des ménades furieuses, mettent en pièces les bétes fauves qu'elles rencontrent et en dévorent les chairs palpitantes. Ces prodiges des Bacchantes apparticn-