‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 378 sur 550 · Lassen, Ind. Alterth., H · texte numérisé non relu

Lassen, Ind. Alterth., H

2. Voir sur les Thyiades un article intéressant de M. Rapp : Die Mânade im griechis" chcnCuUus, in der Kumt und Poésie (Rheinitches Muséum, t. XXVII, i** livr., 1872).

nent au monde merveilleux où semeul le drame d'Euripide. Mais à côté de ces descriptions idéales, il y a dans la tragédie des Bacchantes plus d'un trait que le poète emprunte au culte réel de Dionysos, tel qu'il avait été apporté d'Asie un siècle au moins auparavant, et à la doctrine de la secte religieuse des Orphiques dont Bacchus était devenu la divinité principale.

Le caractère asiatique de la religion nouvelle s'exprime dès les premiers vers du drnmc. Dionysos a abandonné, dit-il lui-même, pour venir à Thèbes, les riches campagnes de la Lydie et de la Phrygie, la Perse, la Bactrianc, la Médie, l'Arabie, les côtes d'Asie Mineure avec leurs populations mélangées de Grecs et de Barbares. Le chœur qui l'accompagne se compose de femmes lydiennes qui, pour suivre leur dieu, ont quitté la sainte montagne du Tmolos; et le culte de celui qu'elles annoncent et qu'elles révèlent à la Grèce est inséparable pour elles des fêles orgiastiques de Cybèle, la Grande Mère phrygienne. Le premier effet de ce culte nouveau est d'exaller les âmes jusqu'à un enthousiasme violent, qui se traduit par des mouvements rapides et désordonnés du corps, par des cris sauvages, par une musique bruyante où le son éclatant des instruments de cuivre se mêle aux notes aiguës de la flûte. Les femmes qui se sont consacrées au dieu ont la tête couronnée de lierre, de feuilles de chêne, de smilax fleuri ; une peau de cerf est jetée sur leurs épaules ; d'une main elles brandissent le thyrsc, de l'autre elles agitent le flambeau qui sert à éclairer les ténèbres où elles se précipitent dans leurs courses vagabondes, à la suite du dieu, leur guide invisible. Les effets mystérieux de la nuit, les aspects fantastiques des rochers et des arbres éclairés par la lueur des torches résineuses, cette musique sauvage et ces cris aigus devaient porter l'exaltation de ces âmes féminines jusqu'à un véritable délire, Jusqu'à une frénésie à laquelle succédait par intervalles, avec la prostration des forces physiques, une sorte de calme contemplatif et de muette stupeur.

A ces pratiques était attachée une vertu secrète dont profitaient les seuls initiés, car Dionysos ne se communiquait pas à tous. Il voulait qu'on vint à lui et qu'on se donnât sans réserve et sans partage. Le mysticisme dionysiaque, comme tous les mysticismes, professait le plus profond mépris pour la raison humaine. « Ce qui est sage, ce n'est point la sagesse, s'écrie le chœur des Bacchantes. » a Nous seuls sommes les sages, dit le vieux Tirésias possédé de Bacchus ; les autres sont fous \ » Ainsi l'être humain, affranchi de la raison comme d'une entrave, n'obéissant qu'aux palpitations de son cœur et au délire de son

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