Vers 51)3,100, éUit. Guill. Diuilui-f
cerveau, court se perdre dans Tobjet inconnu de son adoration auquel il abandonne la direction de sa vie et son âme tout entière. En échange de cette absolue soumission, Dionysos remplit de sa divinité les âmes de ses fidèles, et cette divine possession est pour eux la source de mille délices et d'enivrantes jouissances. Leur cœur en est purifié ; ils croient qu'ils deviennent meilleurs, qu'ils vont toucher à cette béatitude et à cette perfection auxquelles ils asjârnient sans cesse, et d'un bond leur âme s'élance, loin des misères de la vie profane, au sein de cette vie nouvelle, de cette vie sainte que le dieu leur a faite : « 0 bienheureux, bienheureux le mortel qui, initié aux mystères divins, sanc/t/îe sa vi^, et, se livrant sur la monta^jme à de pieux transports, purifie son âme^ qui célèbre les vénérables orgies de la grande déesse Cybèle, ou bien, le thyrse en main, la tête couronnée de lierre, se consacre au service de Bacchus*. » Il y avait donc, à l'origine, dans ce cuit deionysiaque oii devaient se mêler plus tard tant d'excès, une pensée d'édilication, un désir de la perfection réalisée par l'extase, par le commerce mysté rieux de l'âme humaine et de l'âme divine de Dionysos*.
Cette union mystique des âmespieuses avec le dieu qu'elles adoraient était d'autant plus passionnée que, d'après une transformation nouvelle de la légende dionysiaque, Bacchus était devenu un dieu souffrant, qui n'avait conquis son immortel bonheur qu'au prix de la douleur et de la mort. Un texte curieux d'Hérodote nous permet de lixer à peu près la date de celte transformation de la légende de Bacchus. «Les Sicyoniens, dit l'historien, entre autres honneursqu'ils rendaient au héros Adraste, célébraient s^.9 souffrances (-.àrA^ix aj-rzit) par des chœurs tragiques. Ce fut Clistliène qui rendit ces chuurs à Dionysos. » C'est-à-dire que Clisthène substitua, sur la scène naissante, le récit des souffrances du dieu au récit des malheurs du hôros sicyonien. C'est donc six cents ans environ avant l'ère chrétienne que s'introduisit ou se développa en Grèce la légende de la passion de Dionysos (Aisvuîiu -rà zaOY;[;.aTa)'*. Malgré les analogies que cette légende peut présenter avec celle d'Ûsiris, ave c celles d'A tlis le dieu phrygien ou d'Adonis le dieu phénicien, il est difficile de déterminer la part qu'ont pu avoir dans sa formation les traditions religieuses de l'Asie ou de l'Egypte, et il est probable que ces dernières sont venues simplement se grefl'er sur des
\. Eiirip., Bacch.y v. 72-81.
2. Nous ne laifionsquc résumer, ici el dans le« deux pages qui précèdent, les idées développées par M. Jules Girard dans plusieurs belles pages de son livre sur le Sentiment reli" gieux en Grèce (liv. III, chap. n, Les tragédies Dionysiaques, p. 396-40G).