‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 386 sur 550 · DIVINITÉS AGRESTES. — SILÈNES · texte numérisé non relu

DIVINITÉS AGRESTES. — SILÈNES

poésie grecque s'est faite plus d'une fois l'écho, étaient donc considérées comme les axiomes d*une sagesse supérieure dont Silène, le dieu phrygien, aurait été le premier révélateur. On voit combien ce prophète désespéré de l'Asie diffère des Satyres grecs aux allures si joyeuses, à l'humeur si folle.

Le caractère inspiré et divinatoire de Silène s'exprimait encore par l'animal symbolique dont il est d'ordinaire accompagné : l'âne. En Grèce, comme plus tard en Occident, l'àne était un animal ridicule, aux dépens duquel on aimait à s'égayer; mais il n'en était pas de même en Asie. L'àne asiatique aux vives allures, à la mine éveillée, était un noble animal ; on lui attribuait un caractère sacré, et les rapports de Tâne avec l'inspiration prophétique semblent attestés, même en Grèce, par le sacrifice qu'on faisait de cet animal à Apollon Hyperboréen^ En Asie, plusieurs divinités avaient la tcte ornée de longues oreilles; entre autres Midas, ce roi mythique, qui semble avoir été pour la Phrygie ce que fut Saturne pour Tltalie primitive. Quand le mythe de Midas fut connu des Grecs, il se transforma au gré de leur imagination qui broda, au sujet des oreilles du roi phrygien, l'anecdote piquante que Ton connaît. Quand Marsyas, sur le mont Tmolos, osa rivaliser avec Apollon, tous les arbitres de la lutte se décidèrent en faveur du dieu : Midas fut le seul à adjuger la victoire au Silène. Apollon, pour le punir, changea ses oreilles en oreilles d'àne. Le roi, très-honteux, essaya de dissimuler ce nouvel agrément de sa physionomie sous son ample bonnet phrygien ; mais cette mésaventure ne put échapper aux regards d'un esclave qui avait l'habitude de couper les cheveux à son maître. Cet homme condamné, sous peine de mort, à garder le silence, tourmenté et obsédé par un secret qu'il ne pouvait révéler à âme qui vive, imagina de creuser un trou en terre et d'y murmurer ces paroles : Midas, le roi Midas a des oreilles d'âne ; après quoi, il combla le trou qu'il avait creusé, et il s'en allait, le cœur soulagé, quand, à la même place, il vit tout à coup pousser un roseau dont les sifflements ne cessaient de répéter les paroles que la terre venait d'entendre; et bientôt le secret des oreilles de Midas devint le secret de tout le monde. C'est ainsi que les Grecs, qui souvent tournèrent en parodie les plus graves aventures de quelques-uns de leurs dieux et de leurs héros nationaux, s'égayaient sans aucun scrupule au sujet d'un dieu étranger, du vieux roi mythique de la Phrygie.

Silène, le prophète de Midas, participa à la mauvaise fortune de son roi, en arrivant en Grèce avec tout le cortège asiatique de Bacchus. Il

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