DIVINITÉS AGRESTES. — PAN
la frappa de coups violents et la précipita du haut d'un rocher« Ga;a, prise de pitié, transforma le corps de Pitys en l'arbre dont elle porte le nom. Depuis ce temps, dit-on, le pin est animé des sentiments que la vierge avait autrefois pour ses deux amants; il couronne Pan de son feuillage : il gémit quand souffle Borée'. La poésie naturelle qui est au fond de cette fable se devine aisément, a S'il y a eu quelque part en Grèce, dit M. Max Mùller que nous devons citer ici, un rivage couvert de forets de pins, comme la forêt de Dorset, tout poète qui avait des oreilles pour entendre le doux et plaintif dialogue du vent et des pins frémissants, qui avait des yeux pour voir les ravages faits par un violent ouragan du nord-est, devait parler à ses enfants des merveilles de ta forêt et leur raconter Thistoire de la pauvre Pitys, le pin courtisé par Pan, la brise légère et caressante, et renversé par la jalousie de Borée, qui n'est autre que le vent du nord'. »
Les harmonies du vent qui se joue dans les rameaux de la forêt sont répétées par l'écho des montagnes. Pan est donc l'amant de la nymphe Écho'. Dans les vallées, le sifflement du zéphyr à travers les roseaux a appris aux hommes des champs, comme le dit Lucrèce, à enfler de creux chalumeaux. Pan est donc un dieu musical, l'inventeur de la syrinx.Le chalumeau des bergers est devenu, dans la mythologie, la nymphe Syrinx qui, poursuivie par Pan, se précipita dans le cours du Ladon : à la place où elle était tombée, poussèrent des roseaux que le dieu coupa pour fabriquer un instrument auquel il donna le nom de sa bien-aimée*. Quand le bruissement lointain du vent qui siffle à travers les forêts de pins du Ménale arrivait aux oreilles des pâtres arcadiens, c'était la musique de Pan qu'ils croyaient entendre'. Le soir, au retour de la chasse, le dieu joue doucement du chalumeau. « Nul ne le surpasserait en mélodie, pas même Toiseau qui, au printemps fleuri, répand dans le feuillage où il est caché ses notes plaintives. A ses accents, les nymphes de la montagne accourent sur les bords d'une fontaine pro* fonde ; elles mêlent leurs voix sonores aux harmonies du dieu : l'écho leur répond®. » C'est le murmure des sources, c'est le bruit des torrents, c'est toute la musique des eaux qui se confond, dans un mélodieux concert, avec la musique du zéphyr. Invisible et partout présent , le vent court sur les hauts sommets, s'insinue et se fraye un chemin dans les
i. Mythogr. Gr., ^Vestermann, p. 384. Propcrl., I, 48, 20. Luc, Dial. Deor.y 22, 4. Lon^us, II, 59.