‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 4 sur 550 · I INTRODUCTION · texte numérisé non relu

I INTRODUCTION

sir à écouler le récit des amours illégitimes de Jupiter, concevaient ce dieu uon-seulement comme un dieu suprême, maître tout-puissant du monde, mais comme le père de la race humaine sur laquelle il a sans cesse Tœil ouvert, comme un dieu juste qui tour à tour récompense et châtie, dispensateur souverain des biens et des maux de la vie, de qui l'homme attend toutes choses ici-bas, et qu'il essaye de fléchir par l'humilité et par la prière. L'œil de Zeus, disait plus tard Hésiode, voit tout, connaît tout. Et combien de fois, dans la poésie grecque, ne trouve-t-on pas exprimé le sentiment de la faiblesse de l'homme et de la dépendance où il est à l'égard d'une puissance supérieure, protectrice et vengeresse des lois divines de la morale I Quand les Grecs cessent de parler la langue mythologique, leur conception de la divinité ne diflere pas essentiellement de la nôtre. Chez eux, la mythologie et la religion, bien qu'elles aient vécu ensemble, sont, en réalité, deux choses distinctes, souvent contradictoires, et qui doivent être considérées séparément.

Cette mythologie, distinguée du sentiment religieux ^, est une des questions les plus complexes que présente l'étude de l'antiquité. Il est évident que les fables qui eu sont la trame n'ont point été inventées par les poètes pour l'amusement de la foule. On ne saurait concevoir que des hommes appartenant à une race sensée, intelligente entre toutes, aient ainsi déraisonné, de parti pris, en parlant de leurs dieux. Ces fictions qui nous étonnent, que les Grecs homériques répétaient déjà san3 les comprendre, ont dû avoir leur source antique dans l'imagination populaire, et être douées, à leur naissance, d'une signiûcation raisonnable. C'est à ces lointaines origines où se dérobent le sens et la portée des mythes que la critique essaye de remonter aujourd'hui ; c'est leur histoire qu'elle prétend reconstruire.

Le problème n'est pas nouvean. Il s'était posé pour les Grecs, dès le premier éveil de la pensée philosophique. Depuis le jour où Xénophane avait déclaré que « Dieu est un, le plus grand de tous les êtres, ne ressemblant aux hommes ni quant à la forme, ni quant à la pensée », les croyances naïves des premiers âges avaient été ébranlées dans quelques esprits. Ce n'était pas seulement Platon qui bannissait Homère de sa République pour avoir mal

remarquable étude de M. J. Girard sur le Sentiment religieux en Grèce d'Homère à Eschyle, M. E. Havet, dans la première partie de son ouvrage sur les Origines du christianisme, a montré en outre, par des faits concluants, que plus d'une idée religieuse des modernes est un héritage de l'hellénisme.

1. M Max MQllcr a fait ressortir très-nettement cette distinction dans plusieurs pages de ses Nouvelles leçons sur la science du langage, t. II, p. 147 et suiv. de la traduction de MM. Georges PeiTOt et Harris.

INTRODUCTION. vu

parlé des dieux. Les poètes eux-mêmes, qui trouvaient dans les aventures des dieux et des héros la plus riche matière de leurs chants, étaient souvent embarrassés de ce que les mythes contenaient d*ahsurde ou d*immoral. Pindare n*hésitait pas à faire un choix entre les traditions mythologiques et à rejeter celles qui pouvaient déshonorer la majesté divine ^ Euripide traitait ces traditions de « misérables histoires de poêles » * et il affirmait que « si les dieux font quelque chose de mal, ce ne sont pas des dieux » 3. Le bon sens naturel des Grecs se refusait à reconnaître dans les objets de leur adoration des dieux ivrognes, assassins ou adultères. Ils étaient donc amenés à révoquer en doute la véracité de quelques-unes des histoires divines dont une antiquité reculée leur avait légué Théritage : ils devaient se demander quels avaient été les inventeurs de pareilles fables, et à quelle intention elles avaient été créées. De là à nier la réalité de la mythologie tout entière et â la considérer comme rœuvre réfléchie et préméditée de certains esprits, il n*y avait pas loin. G*est, en effet, dans cette idée étroite que s'est enfermée la critique des Grecs.

Pour les uns, les mythes ne sont qu'une enveloppe qui recèle les trésors d'une science mystérieuse et où les premiers pliilosophes ont caché leur connaissance des grandes lois du monde physique, leurs spéculations sur Torigine des choses. Le langage allégorique dont ils s'étaient servis jadis pour transmettre à leurs disciples le dépôt de leur science, cessant d'être interprété avec le temps, avait cessé d'être entendu ; on l'avait pris à la lettre. De là cette phraséologie mythologique dont on croyait trouver la clef en disant, soit avec £pîchanne, que les dieux n'étaient en réalité que les vents, Teau, la terre, le soleil, le feu et les astres * ; soit avec le philosophe Métrodore, que les aventures divines représentaient les différentes combinaisons des éléments au sein de la nature '. D'autres, considérant que la religion est le frein le plus puissant des passions humaines, s'imaginèrent que les fables qui parlaient de l'omnipotence des dieux et de la surveillance qu'ils exercent sur l'humanité avaient été forgées par les anciens sages, dans le dessein d'imprimer au vulgaire une terreur salutaire et de lui imposer une morale qui le rendit meilleur. Quant aux fables qui racontaient les faiblesses et les vices des dieux, elles étaient les inventions coupables de poètes pervers. Un troisième système d'interprétation est celui qui porte le nom d'Evhémère. Ge philosophe chargé,

i. Voir suiioui Oiymp. IX, 35 et suiv. éd. Dissen.

S, ff^rc. /tir.- 1546 éd. G. Dindorf, àoc^ûv otôe ^Otdjvoc Àcyoc.

3. BelUroph., fragm. lo. Cf. Iphigén. Taur,^ 587, où il refuse de croire au festin de Tintale, ovèhat yo:p oT/xac èxifiôvoiv ilvai xaxdv.

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