‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 400 sur 550 · Travaux et Jours, ir · texte numérisé non relu

Travaux et Jours, ir

2. Ccpciidnnl Ilariiiodios cl Arislogilon furent encore pinces, après leur niort, dans les lies des Bieiilu'urcuxi

r*. PimI., Nem., IX, ti5, éd. Disseii ; Qlymp., VI, 14. CI. Pacsau., 1, 34, 2 ; IX, 8, 3, clc.

soleil descend dans les sombres demeures. La victime qu*on leur offrait était tournée du côté de Toccidcnt. Leur autel était un autel bas, à peine élevé au-dessus du sol, près d'une fosse où Ton jetait la tête de l'animal immolée Quand le sacrifice avait lieu sur le tombeau même du héros, une ouverture ménagée dans cette construction laissait pénétrer le sang de la victime, à travers la terre, jusquau lieu oii séjournait Tèlre puissant et impérissable dont on voulait se concilier la pro* tection^ Les héros n'étaient ainsi, aux yeux des Grecs, que les plus illustres morts des anciens âges, et le culte qu'ils leur rendaient était, avec plus de pompe, analogue à celui dont chaque famille avait toujours honoré ses défunts. Si Ton était persuadé que le parent dont on pleurait la perte n'avait point péri tout entier, que son ombre vivait encore dans le tombeau d'où elle pouvait entendre les invocations et les prières des siens ; si, à certains jours solennels, la famille assemblée versait à la place où il avait été enseveli des libations qui pénétraient jusqu'à lui ; si elle y déposait des offrandes et des mets funèbres destinés à entretenir la vie défaillante qui lui restait, comment la piété grecque, par des hommages encore plus éclatants, n'eut-elle pas cherché à entrer en communication avec ces princes des morts, dont la vie merveilleuse avait laissé des souvenirs indestructibles dans la mémoire humaine, et qui, descendus sous la terre, y conservaient encore, avec leur stature gigantesque, le souffle puissant dont ils avaient été jadis animés? La vie des héros dans la tombe n'est pas, en effet, ce semblant d'existence pâle et décolorée qui est celui des ombres : c'est une vie pleine, éclatante. Ils sont là plus forts, plus brillants que jamais, revêtus de la gloire nouvelle que leur ont faite la volonté des dieux et les hommages des hommes. Quand ils sortent de leur retraite pour se révéler aux regards des mortels, leur apparition éblouit. Les marins qui voyageaient dans le Pont-Euxin, arrivés près des bouches de l'Ister, à l'endroit où étaient le tombeau et le temple d'Achille, virent plus d'une fois, dit-on, le héros lui-même, sous la forme d'un jeune homme à la céleste beauté, à la chevelure blonde, paré d'une armure d'or et dansant sous ses armes ; d'autres l'entendirent chanter un péan de victoire. Les habitants de la Troade racontaient qu'Hector habitait encore leur contrée, qu'on le voyait souvent, à la tombée de la nuit, courant sur l'ancien théâtre de ses exploits et lançant des éclairs qui illuminaient la plaine. Le philosophe Maxime de Tyr, qui avoue n'avoir jamais vu ni Achille ni Hector, nous assure, en revanche, que sur mer il a plus

1. Sur let délaiJj du culte des béras, vuyex K. F. Herniann, AniiquUés grecqws, t. n, § 16.

2> Pausuii., X, 4, 10.

(l'une fois aperçu les Dioscures dirigeant, à travers les vagues, son navire battu par la tempête; il prétend avoir vu, tout éveillé, Asclépios et Héraclès *. La croyance aux apparitions des héros était donc autre chose encore qu'une supei'stitiun du vulgaire.

Cette religion n'avait pas uniquement sa source dans les sentiments d'admiration qu'avait éveillés l'épopée en faveur des personnages qu'elle avait chantés : comme la plupart des cultes, elle était inspirée par des motifs intéressés. Puisque les héros vivaient dans le tombeau à l'état d'essences immortelles, on devait supposer que les dieux leur avaient communiqué une partie de leur puissance et qu'ils pouvaient intervenir d'une manière efficace dans les affaires humaines. Il fallait donc, à force d'hommages, gagner leur bienveillance et s'assurer leur appui. Les négliger ou les mépriser était une impiété qui appelait un châtiment. Le poète Stésichore, qui avait mal parlé d'Hélène, perdit subitement la vue : instruit par les Muses du motif de sa cécité, il se rétracta dans un autre poëme ; la divine héroïne lui rendit la lumière*. Redoutables aux impies, les héros sont pour leurs fidèles des prolecteurs puissants. Les plus grands d'entre eux sont représentés comme intercédant auprès des dieux olympiens en faveur de l'humanité qui les supplie. Une extrême sécheresse désolait la Grèce ; hommes et animaux périssaient : le mal était à son comble, quand les magistrats d'Egine eurent l'idée défaire des sacrifices et des invocations à jEaque. Le fils de Jupiter s'adressa à son père et obtint de lui la cessation du fléau '. C'est surtout au temps des guerres médiques que l'on voit éclater en Grèce l'action surnaturelle des héros. A Marathon, dit Plutarque, plus d'un combattant vit le spectre de Thésée qui, revêtu d'une brillante armure, marchait à la tète des bataillons athéniens et les précipitait contre les barbares*. Le jour de Salamine, au lever de l'aurore, tous les Grecs, les prières faites aux dieux, appelèrent à grands cris Ajax et Télamon ; un navire fut dépéché dans la direction d'Kgine pour aller chercher les iEacides. Aussi, au plus fort de la bataille, vit-on des fantômes armés qui, des sommets de l'île, étendaient leurs mains protectrices sur la flotte des Grecs ; celaient les yEacides qui répondaient à l'appel de leurs adorateurs *. Après le combat, Thcmistocle disait : « Ce n'est pas nous qui avons vaincu les Perses ; ce sont les dieux et les héros. »

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