‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 401 sur 550 · H. rod., YIII · texte numérisé non relu

H. rod., YIII

Fniil-il s'étonner que ces auxiliaires de la vaillance grecque aient été, après ces merveilleuses victoires, l'objet d'un culte plus empressé et d'une loi plus ardente? La religion des héros, organisée des le temps de Dracon, fortifiée par la législation deSolon, est, au cinquième siècle, répandue partout et se célèbre avec un remarquable éclat. En même temps qu'elle donnait satisfaction aux sentiments de reconnaissance du patriotisme grec et à l'antique dévotion des morts, elle ne cessait d'être entretenue par l'orgueil local de chacune des tribus helléniques. Par les héros on n'entendait pas seulement, en effet, les fils mortels de Jupiter ou de quelque autre grand dieu, ni les plus illustres guerriers du cycle épique : les héros étaient encore les premiers rois ou chefs légendaires qui avaient donné leur nom à chaque race, à chaque ville, à chaque canton. Leur rendre un culle, c'était rappeler aux générations successives le lien qui les rattachait à une source divine d'existence, à un premier père commun; c'était fortifier le sentiment d'union qui, dans ces fêtes à la fois patriotiques et religieuses, rapprochait tous les membres d'une même famille. Il n'était donc pas un coin de la Grèce qui n'eût ou qui ne voulût avoir son héros. Ce héros était le divin patron du pays, le génie protecteur attaché à son existence. La cité venait-ellç à être détruite et ses habitants chassés, il accompagnait les exilés ; il les suivait à travers les mers; il s'établissait dans les colonies qu'ils fondaient; il revenait ensuite avec eux dans leur berceau. Quand Messène fut reconstruite par Épaminondas, les habitants, avant de franchir les murs de la cité nouvelle, invoquèrent Aristomène et les autres héros de l'antique Messénie, en les suppliant de revenir parmi eux*.

Pour que cette dévotion trouvât un aliment, il fallait des signes visibles de la présence des héros dans les contrées qui les honoraient. On leur élevait donc des monuments qui étaient tantôt de petites chapelles, tantôt de simples tombeaux. Ce tombeau n'était-il qu'un cénotaphe, la piété populaire n'était point satisfaite avant qu'on eût découvert quelque part les restes mortels du héros, qu'on les eût transportés et déposés dans la sépulture qui lui était réservée. Les historiens racontent qu'au moment où Cimon assiégeait Scyros, la Pythie, consultée sur l'issue de l'entreprise, répondit qu'Athènes ne serait victorieuse que si elle ramenait dans ses murs les ossements de Thésée. Le fils de Miltiade obéit à la voix de l'oracle: il découvrit dans l'île une sépulture où était enfermé un grand cadavre avec une lance et une épée, et il eut l'esprit d'y reconnaître les restes du héros athénien. Quelque temps après, Scyros fut prise, et les précieuses dépouilles rapportées sur la trirème

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