‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 408 sur 550 · XIX · texte numérisé non relu

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s'empêcher de reiriarquer l'analogie qui existe entre les circonstances de la naissance d'Héraclès et celles de la naissance d'Apollon qui, comme nous le verrons, a plus d'un rapport avec le héros thébaîn. Lèto qui, dans les embrassements de Jupiter, conçoit le dieu du jour, est une personnification de la nuit; c'est également pendant la nuit que se consomme l'union d'Alcmène et du maître du ciel. De même qu'Hèra est jalouse de Lcto, elle est jalouse d'Alcmène; elle met obstacle à l'enfantement d'Héraclès comme à celui d'Apollon. Sa haine contre les deux dieux nouveau-nés se choisit les mêmes instruments. C'est elle qui déchaîne le serpent Python pour tuer le fils de Lèto; c'est elle encore qui envoie dans le palais d'Amphitryon deux dragons pour faire périr le fils d'Alcmène. La lutte d'Uéraclès enfant contreMes monstres suscités par la colère d'Hèra n'est qu'une variante thébaine du mythe argien qui raconte le combat du héros contre l'hydre de Lerne. D'après Pindare et Théocrite qui se sont particulièrement inspirés de cette fable, les deux serpents pénètrent pendant la nuit dans la chambre où sommeille le fils dAlcmène. Au sifflement des monstres, les enfants se réveillent. Iphiclès pousse des cris de terreur; Héraclès au contraire, comme s'il avait déjà conscience de son invincible force, se dresse sur son berceau et engage la lutte en étreignant de ses mains nerveuses le cou des deux dragons. Cependant Alcmène s'est réveillée au bruit, épouvantée; Amphitryon accourt, l'épée nue; mais il reste saisi d'admiration et de plaisir à la fois : les serpenta étranglés par Héraclès, gisent sur le sol où ils se débattent dans une dernière convulsion. Le devin Tirésias, aussitôt appelé pour interpréter ce merveilleux événement, révèle à Amphitryon et aux Thébains rassemblés l'avenir glorieux qui attend le jeune héros *. Vives images qui ont leur source antique dans la poésie de la nature. Comment ne pas reconnaître dans ce premier triomphe d'Héraclès enfant celui du soleil au lever du jour? A peine né, il est déjà plein de force ; il s'élance hors de son berceau ; il se débarrasse de ses langes pour lutter contre ses premiers ennemis, il étouffe les noirs serpents, il perce de ses rayons vainqueurs l'obscurité de la nuit ou les sombres nuages qui voudraient anéantir son éclat.

La légende thébaine racontait encore l'histoire de la jeunesse du dieu : son éducation, sa force croissante, ses premiers exploits. Comme Achille enfant, qui a été confié au centaure Chiron, le jeune Héraclès a eu d'illustres maîtres. Le pieux Rhadamanthe l'a instruit dans la sagesse

I. Pirid. .\Vm., I, 39-06, éd. Disseii. Tlicocr., Idyll,, XXIV. Sur les représentations artisli^uus du mythe, voir Heydcinaun, Arch. Zeiluiuj (nouv. série) I, p. 35^ pi. IV.

et dans la vertu ; Unes lui a enseigné la musique. Mais Linos périt bientôt, tué par son élève dans un mouvement de violente colère, de même que, suivant d'autres traditions, il est tombé sous les coups d'Apollon, pour avoir osé disputer au dieu le prix du chanta A la suite de ce meurtre, Héraclès est envoyé par Amphitryon sur les montagnes, au milieu des bergers, où s'écoule sa forte jeunesse. Dans cette vie pastorale, qui rappelle encore celle d'Apollon chez Admète, les exercices de la chasse développent son corps et communiquent à ses membres une vigueur extraordinaire. A l'âge de dix-huit ans, il tue un lion terrible' qui avait sa retraite dans l'Hélicon, d'où il s'élançait pour dévorer les troupeaux d'Amphitryon et ceux du roi de Thespies.

Pendant qu'il était caché chez celui-ci, occupé à guetter le monstre, il s'unit, disait-on, en une nuit, aux cinquante tilles de son hôte' : détail qui sei*ait purement révoltant, si l'on n'en entrevoyait la signification. De même que dans la légende d*Élis, les cinquante filles d'Ëndymion et de Sélènè (du soleil couchant et de la lune) ne sont autre chose que les cinquante lunes qui s'écoulaient entre chacune des fêtes d'Olympie, de même dans la légende de Thespies, comme le remarque Preller\ le nombre des Thespiades semble désigner celui des lunes qui amenaient le retour périodique de la fête locale des Ërotidia. L'union d'Héraclès avec les filles de Thespios correspondrait donc à une division du temps, marquée à la fois par les révolutions du soleil et par celles de la lune.

Héraclès était encore en Béotie le héros d'un événement qui, dégagé de ses circonstances merveilleuses, peut avoir un certain fondement historique. Les traditions béotiennes témoignent de l'antique rivalité des deux villes principales de cette contrée, Thèbes et Orchomène, et Thèbes parait avoir été longtemps soumise, aux époques qui précédèrent en Grèce la naissance de l'histoire, à sa voisine. On racontait donc qu'Héraclès, vainqueur du lion duCithérondontil avait endossé la dépouille, rentrait dans sa patrie, quand il rencontra sur sa route le héraut envoyé par Erginos, roi d'Orchomène, pour réclamer le tribut imposé aux Thébains. Héraclès coupa à cet homme le nez et les oreilles' et le renvoya, ainsi mutilé et les mains liées, dans son pays. Cet affront provoqua une guerre entre les deux peuples où prirent part, du côté des Thébains, Amphitryon et ses deux fils. Héraclès revêtu des aimes que

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