Uymn. Ilom., XXIII
pour fille Diké (la Justice pcrsonnifice), vierge sainte que vénèrent les dieux eux-mêmes. Assise auprès du père des dieux et des hommes, elle lui signale les iniquités qui se commettent sur la terre; ou bien, « enveloppée d'un nuage vaporeux, elle parcourt en gémissant les villes et les terres des peuples, apportant le mal aux hommes qui Font chassée de leur cœur, et la prospérité à ceux qui la re>pectent\ » Ordinairement cependant, c'est à Zeus lui-même qu'appartient la sanction de la justice. Il est en effet le dieu Ti[j.a)p6ç, le dieu vengeur, comme on l'appelait à Chypre*. Comme il veille à la conservation de Tordre moral, cet ordre ne peut être troublé par les mortels sans qu'il y ait une réparation et une expiation. Seulement la justice de Zeus, inévitable, mais inattendue, agit, quand elle le veut, et à son heure. Cette colère divine aux soudains éclats, aux coups foudroyants, Selon la compare, dans une grande image, au vent violent qui balaye les nuages amoncelés dans le ciel et qui, en un instant, rend à l'azur céleste sa splendeur et sa sérénité ; et il ajoute : « Non, il ne peut échapper complètement à l'œil divin celui qui cache en son cœur une pensée mauvaise : tôt ou tard sa perversité éclate au grand jour; mais l'un paye sa faute aujourd'hui, un autre plus tard. Si les coupables échappent eux* mêmes au châtiment, si la vengeance divine qui les poursuit ne les atteint pas, elle arrivera pourtant en son temps. Ce sont les innocents qui payeront pour les coupables, soit leurs enfants, soit leur postérité*. » Cette idée de l'hérédité de la responsabilité morale, souvent reproduite par la poésie grecque, sera plus tard la doctrine même de Plutarque, dans son livre célèbre des Délais de la Vengeance diviîie. Malgré l'éloquente réclamation de Théognis^ et les protestations de quelques philosophes, l'antiquité grecque tout entière paraît en avoir été pénétrée. Or, si cette idée nous étonne, si elle révolte même notre sentiment naturel de la justice, on ne peut méconnaître qu'elle a dû puissamment contribuer à la moralité de la famille grecque. Quel père, convaincu de cette croyance comme d'une vérité et d'une certitude, n'aurait tremblé d'accumuler pendant sa vie des fautes qui appelaientun châtiment et de léguer cette expiation nécessaire en héritage à ses enfants ! Cette idée fausse avait donc,' comme il arrive souvent, une grandeur apparente et une portée morale qui séduisirent le génie grec aux prises avec un des plus difficiles problèmes que puisse se poser l'esprit humain. En réa-
\, Hesiod., Op. et Z)., 222 sqq. Cf. Soph., Œd. C, 1381.
2. Clem. Alex., Protrep., p. 33. Cf. Hes., Op. et D., 533. Soloii, 'TwoO^xat «t« iavrév, V. i5, sqq.