Odyti., XI, m iqq
à Polydectès, Bellérophon au roi de Lycie. Dans la mythologie du Nord le 1 éros Siegfried est de môme condamné à être l'esclave de Gunther, roi des Burgondcs^ Ces rapprochements indiquent que nous avons affaire à une fable qui, dans le cours du temps et chez différents peuples, a reçu plusieurs variantes importantes, mais dont le fonds est partout le même ; et Torigine de cette fable s'expliquera facilement si l'on admet que tous ces héros, soumis, pendant une période plus ou moins longue, à un empire tyrannique, sont des héros solaires. Héraclès, sur qui cette tyrannie pèse le plus lourdement, n'est donc pas l'image du soleil glorieux, triomphant, du printemps et de l'été ; c'est le soleil d'automne et d'hiver, soleil souffrant, éprouvé, qui rencontre dans les nuées, dans les pluies, dans les orages, autant d'ennemis qui s*opposent à son action et qui retardent sa marche. Telle est l'idée générale qui ressort nettement de l'étude des légendes que nous allons examiner et qui racontent, ce qu'on est convenu d'appeler les Travaux (àôXa) dllercule.
Ces travaux, d'après les mythographes grecs, étaient au nombre de douze. Ce nombre laissait de coté plusieurs actions merveilleuses du héros, que Ton était forcé de ranger dans une catégorie à part, sous le nom de travaux supplémentaires (^rapspYa). Cette division qu'Euripide ne connaît pas encore' ne remonte certainement pas à une haute antiquité. Le besoin de coordonner el de grouper systématiquement les principales légendes de la vie d'Héraclès Ta fait adopter par les poètes à une époque qu*on ne saurait déterminer exactement. Le nombre douze, imaginé peut-être pour rappeler d'abord les douze grands dieux, plus tard les douze signes du zodiaque que traverse le soleil dans sa marche céleste, n'a donc aucune importance mythologique. Nous resterons cependant fidèle à cette division traditionnelle, et nous énumérerons d'abord les douze grands travaux d'Hercule, à peu près dans l'ordre où le mythographe Apollodore nous les a transmis'.
Le premier monstre qu'Héraclès ait à combattre est un lion. Le nom seul de ce carnassier, qui n'a jamais habité le Péloponèse ^, indique la provenance asiatique de la légende grecque, dont nous trouvons le principal développement dans la vingt-cinquième idylle de Théocrite. Eurys-
i. Pour ces rapprochements de mythologie comparée, voir Cox, Mifthol. of the aryan nations, I, 205.
2. Voir le chœur d* Hercule furieux, consacré à chanter les exploits du héros.
3. Cet ordre ne sera interverti que pour les mythes arcadiens du sanglier d'Érymanthci de la biche de Cérynée et des oiseaux Stymphalidcs, qu'il est naturel de grouper ensemble, puisqu'ils ont pour théâtre la m«}me région.
4. C'est ce qu'a établi M. A. Maury {Croyances et légendes de l'Anliquilé. — Le lion de Cernée).
thée, disait-on, ordonna au héros de lui rapporter à Tirynthe la peau d*un lion qui était la terreur du vallon de Néméc. Héraclès se me l en campagne et ne tarde pas à rencontrer son ennemi. Il lui décoche toutes les flèches de son carquois; mais les traits inutiles viennent, l'un après Tautre, mourir sur la peau de l'animal. Le héros s'arme alors de sa massue et poursuit jusque dans Tantre qui lui servait de retraite le lion qui fuit devant lui. Là, il jette bas .ses armes, engage la lutte corps à corps, étreint Fanimal dans ses bras puissants, le serre a la gorge et finit par l'étoulîer. Quand il Ta abattu, il le dépouille, se revcl de sa peau qui doit le rendre invulnérable et rentre à Tirynthe avec ce trophée*. Faut-il voir, avec Preller*, dans le lion de Némée une image analogue à celle du chien qui personnifie la chaleur torride des jours caniculaires? Celte chaleur étant celle du soleil lui-même, on comprendrait difficilement comment le lion peut être vaincu et étouffé par Héraclès où Preller reconnaît, lui aussi, un héros solaire. Cette interprétation d'ailleurs n'est pas conforme aux renseignements que les traditions grecques nous donnent, sous forme de généalogie, sur la nature du monstre. Suivant la Théogonie, le lion de Némée est né de l'union de Chima;ra et d'Orthros ; d'après Apollodore, il a été engendre par Typhon'^. Or, si, comme nous l'avons établi précédemment, la Chimère est un des monstres de l'orage, si le nom d'Orthros est synonyme de demi-obscurité, si Typhon n'est autre chose que le vent de tempête, comment le lion qui leur doit sa naissance, ne participerait -il pas à leur nature? Le Hon, habitant de l'Asie, avant de devenir un symbole de royauté, a dû être surtout un objet d'épouvante pour les populations de cette contrée ; il était l'animal rugissant. Il est donc vraisemblable que le tonnerre grondant au sein du nuage orageux a été primitivement assimilé à un lion céleste dont la voix formidable ne pouvait être étouffée que par le dieu solaire*. Quant à la peau de l'animal qui sera désormais le vêtement d'Héraclès, comme l'égide est celui d'Athèna, elle désigne peut-être, selon M. Cox ', ces nuages fauves et bronzés que le soleil semble trainer derrière lui, quand il achève de se frayer sa route à travers les vapeurs dont il triomphe.
Vhydre de Leme, fille de Typhaon et d'Échidna, sœur d'Orthros et de Cerbère, est, en raison de cette parenté, un monstre analogue au lion de Némée. Dragon énorme dont le corps est surmonté de neuf