Interprétation de Preller, Griech, Myth., Il, p
HÉRACLÈS. m
débarque, lui et les siens. Ilippolytè, informée de l'objet de son voyage, promet de lui donner la précieuse ceinture. Mais liera ne peut permettre au héros une si facile conquête. Elle se déguise en Amazone et parcourt les bords du Thermodon en répandant partout le bruit que des étrangers menacent d'enlever la reine. Les Amazones accourent en armes et à cheval sur le rivage. Le héros, croyant à un complot tramé par Hippolytè, la met à mort, lui enlève sa ceinture et, avec Taide de ses compagnons, met en déroute l'armée des Amazones. Le combat fini, il dirige sa marche vers Troie*. — En parlant des rapports des Amazones avec Artémis d'Ephèse, nous avons indiqué que leur nom, s'il est véritablement d'origine grecque, exprimait l'idée de puissances nourricières et fécondantes, leurs nombreuses mamelles, suivant la meilleure interprétation du mot, désignant probablement les mille seins des nuées pluvieuses. En même temps, ces femmes guerrières, qui tirent de l'arc, qui sont en rapport d'amitié avec Ares, qui entrent en lutte avec Héraclès, avec Thésée et d'autres héros de même nature, doivent personnifier certains troubles atmosphériques. Chez Diodore, l'une d'elles s'appelle Aella (la tempête), une autre Célseno (le sombre nuage)*. Les Amazones ne nous semblent donc qu'une forme féminine des Centaures, et la victoire qu'Héraclès remporte près du Thermodon est identique à celle qu'il a remportée sur le mont^Pholoè. Quant à la ceinture merveilleuse qui est le prix de cette victoire, son analogie avec la ceinture d'Aphrodite, avec le collier d'Harmonia fabriqué par Héphœstos et avec les symboles du même genre que l'on rencontre dans les traditions de la mythologie germanique, semble indiquer, d'après M. Schwartz, qu'elle n'est autre chose que l'arc-en-ciel qui accompagne ou qui suit l'orage'*.
Les légendes que noas». venons de passer en revue ont toutes pour théâtre soit le sol de la Gtè^» jiropre, soit des contrées réelles, de bonne heure connues et fréquentées des Grecs, telles que la Thrace elles bords du Pont-Euxin.Lerécitdela lutte d'Héraclès contre Géryon, celui de la conquête des pommes des Uespérides transportent au ^contraire l'imagination dans une région lointaine et toute merveilleuse : celle dont les anciens rêvaient l'existence aux extrémités de' la terre, du côté de l'occident. Pour atteindre ce monde mystérieux comme pour
1. Euiip,» Ilerc, Fur., 408 sqq. Apoiiod., Il, 5, 9. Diod., IV, 16.
2. Les noms d'autres Amazones, Eriboia, Eurybia^ Alkippè, Prothoè, Philippis, etc., se rapportent à des images semblables.
3. Der Urspr. d. Mijlh., p. Ii6-118. Chez les Lithuaniens/J'arc-enciel est^Ia ceinture du ciel (Grimm., D. Myth., p. 695). Sur les Amazones, voir le travailMe Klugmann, Die Amazonen in der ÀUischen LiUercUur und KunêL Pour la représentation de leurs combats, voir Arch. Zeitung, 1876, p. 8 sqq. pi. I.
en revenir, le héros avait dû accomplir de longs et pénibles voyages ; il lui avait fallu traverser la plupart des contrées du bassin de la Méditerranée. De là, le caractère particulier des deux fables qui vont nous occuper : fables singulièrement complexes, car les événements qui en composent le fonds essentiel se sont grossis, avec le temps, d'une quantité d'épisodes ; les uns empruntés à des sources étrangères ; les autres inventés pour satisfaire la curiosité des Grecs, à une époque où s'éveillait en eux l'esprit d'aventure et le goût des expéditions lointaines.
Les traits principaux du mythe de Gérijon sont déjà assez nettement indiqués dans la Théogonie pour qu'on puisse s'y faire une idée exacte de la lutte que soutient Héraclès^ Réduit à ses éléments essentiels, le mythe est celui-ci : Géryon, être fj[igantesque, monstrueux (à trois tètes) était en possession d'un troupeau de vaches, gardé par le chien Orthros et par le berger Eurylion. Héraclès tua Géryon, le chien, le berger et enleva le troupeau. Or, quelle est la signîficatiou des adversaires du héros? Géryon, dont le nom veut dire en grec « celui qui gronde ou qui mugit' » est né, nous dit le poète, de l'union de Chrysaor et de la nymphe Callirrhoè. Chrysaor (à Tépée d'or) étant l'image de réclair, Callirrhoè, fille de l'Océan, celle des eaux pluviales, Géryon aux trois corps sera la personnification monstrueuse de l'orage. D'autre part, le nom d'Eurytion répète peut-être celui de Callirrhoè, et le mot Orthros, qui reproduit le nom védique de Vritra, ayant la signification de c< crépuscule » en grec, exprime l'idée de Tobscurilé ou de la nuée qui cache la lumière céleste. Quant aux vaches qui sont Fobjet de la lutte, elles rappellent nécessairement celles de la poésie védique, les vaches volées par Pani et gardées par le serpent Ahi, c'est-à-dire les eaux enfermées dans le nuage. La « sombre étable d où, d'après la Théogonie, le héros remporte sa victoire, e>t également analogue à la caverne qui sert de prison aux vaches du Véda. D'après ces rapprochements, la lutte d'Héraclès contre Géryon dans la mythologie grecque, de même que celle d'Hercule contre Cacus dans les traditions romaines, doit, comme l'a établi M. Bréal', provenir de la même source que la lutte d'Indra contre Vritra, c'est-à-dire du dieu lumineux du ciel contre les démons des nuées qui emprisonnent les eaux.
Cette interprétation ne rend cependant pas compte d'un détail