‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 424 sur 550 · SA MORT · texte numérisé non relu

SA MORT

La descente aux enfers est la dernière des épreuves qui soit imposée au héros par Eurysthée. Mais le récit des Douze Travaux est loin d épuiser la riche matière de la légende héracléenne. Cette légende comprend plusieurs autres aventures, qui, tout en ayant à peu près la même signification mythique que les précédentes, nous sont présentées par la tradition grecque sous un aspect différent. Héraclès n'y est plus un héros souffrant, un esclave soumis aux dures volontés d'un maître. Le temps des épreuves est passé pour lui, et son action puissante se déploie désormais en pleine liberté. Les ennemis qu'il va combattre ne sont plus des monstres; ce sont des hommes. Il devient le héros guerrier et toujours triomphant, qui, sur la terre de Grèce, venge les injures qui lui sont faites ou prête l'appui de son bras aux peuples opprimés par d'injustes voisins ; il est en même temps le héros national qui va porter jusque chez les barbares d'Asie la gloire et la terreur du nom hellénique.

La première expédition du héros, dans cette carrière nouvelle ouverte à son activité, est celle qu'il dirige contre furt/Zos, roi d'Œchalie. La Thessalie, l'Eubée, la Messénie surtout qui prétendait posséder les restes mortels d'Eurytos, se disputaient Thonneur d'avoir été le théâtre de cette lutte mémorable. Mais la légende d'Eurytos est partout la même. Le roi d'Œchalie est, au témoignage de VOdyssëe, un illustre archer, comme Hercule lui-même, comme Apollon sous les traits duquel il est tombé pour lavoir provoqué au jeu de l'arc ^ Eurytos dont les flèches ne manquent pas leur but, et dont un fils porte le nom de Toxeus (rarcher)', parait donc être un héros de même nature qu'Héraclès : héros local dont le culte a dû céder la place à celui de son glorieux rival, ou qui, en langage mythique, a été tué par lui. Eurytos, disait-on, avait offert sa fille lolè comme prix de la victoire à quiconque serait plus habile que lui et ses fils dans Fart de tendre un arc et de diriger une flèche. Héraclès accepte la lutte et est vainqueur. Mais Eurytos refuse de lui donner sa fille, et le chasse honteusement de sa demeure. Le héros est donc forcé de s'éloigner momentanément de la belle vierge qu'il aime, comme le soleil, suivant Tinterprétation de M. Cox, se sépare promptement de la jeune aurore, ou des nuages du

i. Odijss., VIII, 224-228. D'après Théocritc (XXIV, 107) et Apollodore (II, 4,9), Eurytos avait appris à Hercule le tir de l'arc. Ses flèches arriveront plus tard entre les mains d'Ulysse, cet autre illustre archer de l'âge héroïque (Odyts.^ XXI, 12 sqq.).

2. Ilesiod., ap. Scbol., Soph., Trachin.^ 260. Ses autres fils portent les noms d*lphi(08 Clytios et Déïon. Cf. Welcker, AUe Denkmâler, V. pi. 15.

matin, nuages aux teintes violettes dont le nom dlolè rappelle l'idée. Il ne reviendra faire sa conquête, en se vengeant d'Eurylos, qu'à la fin de sa carrière, un peu avant sa mort, c'est-à-dire à Theure où le soleil couchant semble de nouveau s'unir aux vapeurs purpurines dont il s'était approché au début de sa course. Mais auparavant, sa colère, d'après le récit des mythographcs, s'était appesantie sur un des (ils d'Eurytos, Iphitos. Celui-ci allant à la recherche des» vaches qui avaient été volées à son père par Autolycos, fils d'Hermès, avait rencontré Héraclès qu'il soupçonnait du larcin et l'avait prié de lui venir en aide. Le héros le fit périr traîtreusement, au mépris des lois de l'hospitalité, ou, suivant une autre version, dans un moment de folie. A la suite de ce meurtre, Héraclès se rendit à Delphes pour s'y faire purifier. Le dieu le condamna à se mettre en servitude pour une année et à donner son salaire à Eurytos, comme prix du sang de son fils. Hermès se chargea de vendre Héraclès qui fut acheté par Omphale*.

Ici se place le séjour du héros à la cour de la reine de Lydie, fille de lardanos, veuve de Tmolos. Pendant celte période, les poètes romains nous représentent Hercule plongé dans une vie de délices et de mollesse, vêtu d'habits de femme, filant de la laine aux pieds d'Omphale qui a endossé la peau du lion de Némée'. Cette tradition est, à n'en pas douter, d'origine asiatique. Le héros efféminé par l'amour de la reine lydienne n'est pas en effet l'Hercule grec ; c'est le dieu assyrien Sandan ou Sandon avec lequel on l'identifiait, dieu à la nature hermaphrodite. Quant à Omphale,elleappartient, d'aprèsM. Alfred Maury*, à cette catégorie des déesses de la volupté et de la génération que l'on rencontre dans toute l'Asie Mineure. 11 est à remarquer, en effet, que les écrivains grecs paraissent ignorer cette singulière transformation d'Héraclès. Loin de supposer son activité enchaînée, ils nous le montrent au contraire continuant sur la terre d'Asie, et malgré son esclavage, la série de ses utiles travaux ; enchaînant les Cercopes près d'Éphèse, tuant le brigand lydien Syleus, détruisant le serpent du fleuve Sygaris, précipitant dans les flots du Méandre Lilyersès, le géant altéré de san;^. Us ajoutent qu'Omphale, émerveillée du courage et de l'audace du héros, s'empressa c'e lui rendre sa liberté*.

La guerre d'Héraclès contre les Amazunes, dont nous avons indiqué les principaux incidents en étudiant la fable de ses travaux, n'était

i. Sources du mythe : Schol., Ift'ad., V, 592. Soph., Tror/a'/i., 252 sim. A|)ollo4i., Il, 0, i-5. Diod., IV, 51.

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