‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 436 sur 550 · Pausan · texte numérisé non relu

Pausan

la troisième fois réclamer le tribut annuel payé par Athènes en expiation du meurtre d'Ândrogée. Sept jeunes filles et autant déjeunes garçons, désignés par le sort, allaient être emmenés en Crète pour être enfermés dans le labyrinthe où ils seraient dévorés par le Minotaure. En présence des gémissements et des larmes de leurs parents, Thésée s'émeut : il s'offre à faire partie de l'expédition et promet de mettre un terme à ce cruel sacrifice. JEgée laisse partir son fils, en lui donnant pour son vaisseau deux voiles de couleur différente; une voile blanche et une voile noire. Si Thésée revient vainqueur, le pilote doit hisser la première en vue des côtes de TAttique : la seconde, au contraire, sera un signe de mort. Thésée s'embarque avec les jeunes gens, aborde en Crète et tout d'abord veut que Minos reconnaisse en lui le fils de Poséidon. Le roi, pour éprouver la vérité de ses paroles, jette dans la mer l'anneau dW qu'il portait au doigt et ordonne à Thésée de le lui rapporter. Le héros plonge et bientôt réparait avec l'anneau et une couronne d'or dont Amphitrite lui a fait présent ; image transparente du disque brillant du soleil qui émerge, le matin, tout glorieux, des flots où, le soir, il s'est plongée

Ici se place Tépisode de la passion d'Ariane pour Thésée. A peine arrivé en Crète, le héros s'est fait aimer de la fille de Minos. Il reçoit de ses mains le fil conducteur qui doit le diriger dans le labyrinthe où il pénètre, où il tue le Minotaure ' et d'où il réussit à sortir, emmenant avec lui les jeunes gens qu'il a merveilleusement sauvés (fig. 146). Quand il s'embarque pour rentrer à Athènes, Ariane le suit; mais la malheureuse est abandonnée sur le rivage de Naxos par le héros infi^ dèle, que séduisent les charmes éclatants d'i£glè. L'abandon d'Ariane, qui a inspiré à Catulle de si beaux vers, ne fut pas, disait-on, de longue durée. Elle fut bientôt consolée par Bacchus dont elle devint l'épouse. Mais, comme l'avaient déjà observé les anciens, l'Ariane de Naxos et l'Ariane crétoise doivent être deux personnes distinctes, confondues par suite de l'identité de leurs noms. La dernière, la fille de Pasiphaè, est probablement, comme Médée, qui joue un rôle analogue dans la légende de Jason, une déesse de Téclair. Thésée dans le labyi^inthe, c'est le soleil qui entre dans la sombre caverne du nuage ou de l'hiver orageux; caverne aux mille détours, où il est guidé par la vierge du feu céleste. Quand il sort triomphant de sa prison, il continue sa route, laissant derrière lui son amante qui trouve ensuite une rivale heureuse dans JEglé (l'éclatante aurore?). La légende ajoutait que Thésée, dans

i. Pausan., I, 17, 5.

2. Sur la signification du Minotaure dans les légendes Cretoises, voir plus loin, au dernier chapitre.

LËCEXOES HÉROÏQUES DE L'ATTIQCE. 519

sa joie, avait oublié, en vue des cdtes de l'Attique, de hisser la voile blanche qui devait annoncer son retour à son père. Le vieil ^ée, désespéré, s'était précipité du haut d'un rocher dans les Dots '. Malgré ce Funeste événement, le retour du héros avait été salué par les cris de joie et par l'enthousiasme des Athéniens, désormais délivrés de la cruelle domination de Minas.

A partir de ce moment, la carrière de Thésée est, comme celle

d'Hercule, remplie par de lointaines expéditions où il a pour associé et pour allié fidèle Pirithoos. On racontait de la façon suivante l'origine de leur amitié. Pirithoos, jaloux de la gloire de Thésée, voulut un jour mettre à l'épreuve la force du héros ; il lui enleva ses bœufs qui paissaient près de Marathon. Thésée se met à la recherche du ravisseur, qui, au lieu de fuir devant lui, se retourne, prêt à lui tenir tète. Hais, quand les deux adversaires se trouvent face à face, ils restent saisis d'une admiration mutuelle. Ils ne songent plus à combattre; ils se donnent la main et se Jurent une éternelle amitié*. Ainsi s'exprimait l'étroite alliance des deux héros que les traditions mythologiques

i. riut.,V((. TAM..19.Ï2. PïUMn., I. ïî. 5, 2. PIiil., Vil.Tket.. M.

associaient aux mêmes entreprises. Thésée assiste Pirithoos dans son combat contre les Centaures dont il sera ailleurs question. Les deux compagnons se retrouvent ensemble dans une expédition contre les Amazones qui tantôt est confondue avec celle d'Hercule, tantôt s*en distingue^ Antiope avait été pour Thésée le prix decette victoire. Mais, tandis que dans la légende d'Hercule, le théâtre du combat est fixé à Thémiscyra, près des bords du Pont-Euxin, dans celle de Thésée, il se place en Atlique. Les Amazones, pour venger Tenlèvement d*Antiope, avaient quitté leur pays. Elles avaient pénétré jusque sur la terre des Athéniens et établi leur camp aux portes mêmes de la ville. Une vive lutte s*était engagée autour du Pn\x et du Musée ; lutte qui, après diverses péripéties, avait tourné à l'avantage de Thésée et des Athéniens (fig. 147). Les Amazones avaient été chassées, et avaient péri pour la plupart avant de rentrer dans leurs foyers. Leurs tombeaux qu'on montrait à Mégare, à Chéronée, en Thessalie, attestent la diffusion de ce mythe*.

Thésée vainqueur était resté maître d'Antiope qui devint son épouse et lui donna pour fils Hippolytos. La signification de ce dernier personnage prête à quelque incertitude. Faut-il voir, avec M. Cox', dans Hippolytos fils de Thésée une sorte de reproduction de Phaéthon fils d'Hélios, c'est-à-dire le soleil conçu non plus comme un héros triomphant, mais comme un héros malheureux, qui, avant d'avoir pu grandir, est tué par le taureau que Poséidon déchaîne de la mer, en d'autres termes, par la nuée d'orage qui s'est élevée du scindes flots? Cette explication ne rend pas compte de toute la légende d*Hippolytos. Un trait caractéristique de cette légende, c'est le culte du beau et chaste jeune homme pour la vierge lunaire, Artémis. Un trait non moins essentiel est la passion dont il est l'objet de la part de Phsdre, devenue, après Antiope, l'épouse de Thésée. Si nous considérons que celui-ci a quitté Antiope pour PhaBdre, comme jadis il a quitté Ariane pour i£glè, il paraîtra naturel de voir dans la mère d'Hippolytos une dées^se lunaire et dans Phœdra (l'étincelanle) une aurore. Le jeune Hippolytos serait alors, vraisemblablement, identique à Phosphores : il serait l'étoile matinale qui, avant le lever du jour, brille au ciel où la' lune, sa mère, règr.e encore en maîtresse ; qui bientôt excite les dcsii*s passionnés de l'Aurore, comme Phaéthon-Phosphoros a été aimé d'Aphrodite*, et qui, chassé du

1. Ces deux traditions diverses sont rapportées par Plutarque (Vit. Thes.f 26). Cf.

2. Plut., Vit. Thés., 27. Paiisan., I. 2, 1 ; II, 32, 9. Le combat de Thésée contre les Amazones était représenté sur la biise de la statue du Jupiter d'Olympio ^Pausan.. V, il, 7).

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