Odyss., XI
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contre le Sphinx. Il diffère en outre des traditions postérieures, en ce que le poëtc, qui nous montre Œdipe continuant à régnera Tlicbes, parait ignorer sa mutilation volontaire et sa triste lin. Maïs ce texte n'était pas la seule souicc où les tragiques pouvaient puiser. Les aventurcs li'Œdipe étaient le sujet d'une épopée thébaine, VŒdipodia, aujourd'hui perdue. C'est moins d'après les rares fragmenta (jui nous en restent' que d'après le drame athénien qui s'en est certainement
inspiré, que nous allons résumer celte sombre histoire, si connue, grâce à Sophocle et à ses imitateurs.
Labdacos, petit-fils de Cadmos, avait eu un lils du nom de Latos, qui, après la mortd'Anijihion et de Zéthos, usurpateurs du trône cndméen, devint roi delhèbes et s'unit àJocaste, sœurdeCréon, lille de Mcnoikeus. Cette union étant restée longtemps stérile, les deux époux allèrent consulter l'oracle. La Pythie leur répondit que, s'il leur naissait un enfant, cet enfant tuerait son père. Quelque temps après^ Jocaste mit au monde un fils. Laïos, craignant l'accomplissement de l'oracle, fait exposer le nouvcau-né sur le Cithéron, après lui avoir percé les deux pieds qu'il attache ensemble par des liens solides. Cependant l'enfant est recueilli par un berger f fig. 1 50) qui le surnomme
1. \mr Cyrt. poel. fivgm . IV, coll. Diilol, i la suite de l'cdilimuCRom.'TC.
UÉROS TIIÉBAINS. 530
Oidïpous, à cause de sa mulilation, et qui Tapporle dans le palais de son maître. Polybos, roi de Corinllie. Le roi et la reine Méropc adoptent Œdipe et relèvent comme s'il était leur fils. Quand il est devenu grand, il entend les Corinthiens se railler de lui , et prétendre qu'il n'est pas de la famille royale. Il part alors pour Delphes où Toracle, sans lui révéler le secret de sa naissance, lui annonce qu'il tuera son père et qu'il commettra un inceste avec sa mère. Comme il est persuadé que Polybos est son père et que Méropè est sa mère, il ne veut pas rentrer à Corinthe. Mais les destinées fatales vont s'accomplir malgré lui. Sur la roule qui conduit de Delphes à Daulis, à la bifurca-tion de deux chemins*, il rencontre son vrai père Laïos, monté sur un char traîné par des mules, dont le conducteur pravoque, par son insolence, une querelle oii Œdipe tue Laïos qu'il ne connaît pas. Cette mort donne à Créon, frère de Jocaste, le trône de Thèbes. Mais bientôt le pays est désolé par un monstre au visage de femme, aux ailes d'oiseau, au corps et à la queue de lion. C'est le Sphinx qui, posté sur le mont Phikion, dans le voisinage de Thèbes, pose des énigmes aux Thébains et dévore ceux qui sont incapables de les résoudre. 11 avait déjà fait de nombreuses victimes* quand Créon, voulant mettre un termeau fléau, promet sacouronneetlamaindesasœurJocaste à qui délivrera le pays du monstre. Sur ces entrefaites, arrive Œdipe qui s'offre à tenter l'entreprise et vient se placer devant le Sphinx (fig. 151). La question que celui-ci lui pose est la suivante : « Quel est l'être qui, étant doué d'une seule voix, a successivement quatre pieds, deux pieds et trois pieds? » Œdipe trouve le mot de l'énigme : c'est l'homme « qui, enfant, se traine à quatre pattes ; qui, devenu grand, se sert de ses deux pieds; qui, sur ses vieux jours, prend un bâton comme troisième soutien de sa marche''. » L'énigme résolue, Œdipe tue le Sphinx, ou le monstre se précipite lui-même du sommet de son rocher. Le héros conquiert ainsi la royauté de Thèbes, et épouse Jocaste qu'il ne sait pas être sa mère. De ce mariage naissent Étéocle et Polynice, Antigone et Ismène. Il est à remarquer pourtant que, d'après VŒdipodia^ le héros avait eu ces enfants non pas de Jocaste, mais d'une seconde femme, Euryganéia* ; ce qui atténuait l'horreur d'une pareille union.
\. Cet endroit cêlî'bre s'appelait la uyiTrh hoôi.
2. Entre autres, Ilseiiion, lils de Créon, d'après TŒdipodia (Scliol./Eurip., Phœn.. 1760). Voir les inoniiiiients qui représentent le Sphinx dévorant ses victimes, dans l'atlas d'Overbeck JUUhverke zum thehiarhen uiuf troîscken IJeJdenhreis (pi. I. n^'S-S), auquel nous avons emprunté les deux figures ci-joinles.