Cox, Myth. ofthe Aryan Natiouff^ II, 70, not. i
2. Le Mylfie d'Œdipe, Revue archéologique, t. VIII, nouv. série (1863), p. 193-214. Ce travail a été réimprimé dans \es^ Mélanges de mythologie et de linguistique du même auteur (Paris, Ilachctlo, 1878).
serait qu'une seconde forme de la même lutte. Cette interprétation, si
vraisemblable qu'elle soit*, n'explique cependant pas comment Laïos
est le père d'Œdipe, et nous n'avons pas de raisons suffisantes pour
affirmer que le parricide attribué au héros thébain, parricide dont il
est déjà fait mention dans VOdyssëe, soit une invention étrangère au
mythe primitif. Ne pourrait-on, en tenant compte du rapprochement
philologique instituq par M. Bréal, admettre avec M. Cox que Laïos
personnifie la nuit, c'est-à-dire Tobscurilé « ennemie »?*. Laïos n'a-t-il
pas enlevé Chrysippos^ (la lumière doroe du ciel), et ne conçoit-on pas
facilement sa haine pour le héros lumineux du matin? Œdipe est le fils
de Laïos, comme le soleil est Tenfant de la nuit. Mais, à un autre point
de vue, le soleil tue la nuit : Œdipe est donc le meurtrier de celui qui
Ta engendré.
Les relations d'Œdipe avec sa mère Jocaste ont probablement une origine semblable. D'après la signification de son nom, Jocaste (la brillante, aux teintes violettes) doit personnifier Taurore qui, le matin, précède le soleil et semble Tenfanter. Le soir, Taslre rayonnant, vainqueur des ennemis qu'il a rencontrés sur sa route, avant de disparaître à l'horizon, s'enveloppe souvent d'ardentes vapeurs. 11 s'unit aux nuages violets du couchant, à la brillante aurore du soir qu'il ne reconnaît pas sous sa forme nouvelle : Œdipe est le mari de sa mère. Les crimes involontaires du héros thébain, dont la révélation faisait frissonner d'horreur les spectateurs du théâtre athénien, ne reposaient ainsi que sur des phrases poétiques, qui traduisaient jadis l'impression ressentie par les hommes à la contemplation des accidents de la divine lumière.
Le caractère solaire d'Œ'dipe nous parait surlout ressortir très-nettement du mythe de sa lutte contre le Sphinx. Ce monstre, dont le nom grec a le même sens que le nom védique du serpent Ahi*, appartient à une famille mythologique dont la signification est bien déterminée. Dans la Théogonie, il est le filsd'Orthros et de la Chimère; chez ApoUodorc, le fils de Thyphaon et d'Échidna* : variantes d'un même être monstrueux qui est le nuage obscur et orageux. On nous dit encore que le Sphinx a été envoyé soit par Hèra, comme les serpents qu'étrangle Héraclès enfant, soit par Ares (le dieu de l'orage), qui voulait venger
1. Elle a été combattue par M. D. C-omparelti (Edipo e la mitologia comparata, Pisc, 1861). Voir la réponse de M. Bréal {Bévue rr//î^i/c, 22 janv. i870).