‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 457 sur 550 · W., IX · texte numérisé non relu

W., IX

Ce récit qui nous montre dans Méléagre un héros invincible, retiré, à la suite d'un grief, dans une longue et volontaire inaction d'où il sort à la fin pour terrifier et anéantir les ennemis de sa patrie, oITre, on Taura remarqué, une remarquable analogie avec Tépisode de la vie d*Achille qui est le sujet de V Iliade. Mais toute l'histoire de Méléagre n'est pas comprise dans ce récit. Elle se complète pour nous par les témoignages des mythographes et par des détails nouveaux qui impliquent une tradition un peu différente de celle que le poète homérique avait suivie.

Des circonstances merveilleuses avaient entouré la naissance de Méléagre, fils d'Œneus et d'Althsea, ou bien encore fils d'Ares*. L'enfant était à peine âgé de sept jours, quand les Parques firent leur apparition dans le palais de sa mère pour prédire les destinées du héros, sa vie glorieuse, mais courte. Clotho dit qu'il aura l'àme généreuse, Lacliésis qu'il sera vaillant. Atropos, apercevant un tison qui brûlait dans le foyer, laisse tomber ces paroles fatales : « Méléagre vivra aussi longtemps que ce tison ne sera pas consumé. » A ces mots, la mère épouvantée saute à bas de son lit, enlève le tison du feu et l'enferme dans un coffre pour préserver la vie de Son enfant. Cependant, Méléagre grandit tous les jours en force et en courage; il devient invulnérable et invincible. La chasse du sanglier de Calydon lui fournit une occasion de signaler son audace et la puissance de son bras. A cette chasse prennent part les héros les plus vaillants de la Grèce : Castor et Pollux, Péléc et Télamon, Thésée et Pirithoos, d'autres encore. Parmi eux sont les fils de Thestios, les frères d'AUhaea. Mais entre tous se distingue Atalante, fille de l'Arcadien lasos, la vierge guerrière et chasseresse. C'est elle qui, la première, blesse le sanglier, qui est tué ensuite par Méléagre. Le héros, épris de la beauté de la vierge, lui oifre la tête et la peau do l'animal. Mais les fils de Thestios, s'indignant de voir attribuer à une femme le trophée de la victoire, dépouillent Atalante du présent que lui a fait Méléagre. Celui-ci exaspéré les tue. Althiea, dans sa douleur et dans sa colère, se souvient alors de la prédiction de la Parque. Elle lance dans les flammes le tison qu'elle avait jusqu'alors précieusement gardé, et Méléagre ne tarde pas à périr avec le brandon enflammé auquel sa vie était attachée*. D'après une autre version qui se rapproche davantage du récit homérique, la guerre ayant éclaté entre les Calydoniens et les Curetés,

i. Cette dernière généalogie avait été adoptée par Euripide [Meleagr., fimgm. I, éd. G. Dindoif). Cf. Uygin, Fab., 14, p. 42, éd. Bunto.

2. Plirynicli., ap. Pau^an., X, 51, 4. Apollod., I, 8, N2. Anton. Lib^ !!• Hy^'i Fab.^ 171,

LÉGEKDëS ÎIV. L'ËTOLIK. — IIËLËAGRE. 517

au sujet de la possession des dépouilles du sanglier. Méléagre tua dans une sortie les fils de Tliestîus. Frnppé de malédiction par sa mère, il resta longtemps ioactif. Mais au dernier jour, la ville étant déjà au pouvoir de l'ennemi, il sort sur les instances de oa femme, et tombe dans le combat; ou bien il périt sous les coups d'Apollon' qui s'était fait le défenseur dos Curetés contre les Éloliens. A la nouvelle de sa mort, sa mère el sa femme se tuent de désespoir. Quant à ses sœur.-i, en proie à une inconsolable douleur, elles se lamentèrent sur son lombeau, jusqu'au jour où Artémis, les ayant touchées de sa baguette, les métamorphosa en oiseaux, et les transporta dans l'ilc de Léros. Ces oiseaux sont les méléagrides (les pintades) qui « maintenant encore, à chaque retour de la belle saison, semblent porter !e deuil de leur frère'. » Sophocle, dans sa tragédie de Aftf/^a^re, rapportait une tradition singulière d'après laquelle les larmes de ces oiseaux avaient donné naissance, dans l'Inde, à l'ambre jaune'. Ce détail rapproclie la légende des Méléagrides de celle des Héliades, sœurs de Thaéthon, héros solaire comme Méléagre, si toutefois le tison enflammé d'où dépend la vie du héros étolien doit être assimilé à la torche du jour qui semble s'éteindre quand le soleil descend à l'horizon*.

La fable de Méléagre était populaire dans l'antiquité". Plusieurs poètes tragiques, Phrynichos. Sophocle, Euripide,

Antiphon, y avaient successivcmciil puisé la matière d'un drame. La chasse du sanglier de Calydon et la mort du héros sont souvent représentées sur les bas-reliefs des sarcojihages'. Les statues de Méléagre (fig. 152) nous le montrent sous les traits d'un chasseur, debout, dans l'attitude du repos. Sa chlamyde, retenue par une agrafe sur l'épaule droite, s'enroule autour de son bras gauche qu'il appuie sur la hure du sanglier. Son chien est à ses câtés.

1. C'ùlail lu Irnditioii de» A^it* et de la Maujat (l'ius., X, 31, o). Cr. le fiignifnl de «iireophogc publié [mr H. Ilcjilciininn (Arrk. Zfihmij, 1871, (il. 51, p. 116 s<i(| ).

2. Anlon. Lib., 11. Ilyi;.. Fal>., 171. Ovid., lUIam., VIll, 532 sr[<].

Page 1