LEGENDES DE THESSALIE. — CENTAURES
reux désirE la reine même du ciel. Jupitor, pour le tromper, forme une nuécà laquûUcil donne la ressemblanccd'IIèra. Ixion s'approche, embrasse la nucc, s'unil à elle: de celle union naît un cire sauvage et monstrueux: Kenlauros. Plus tard, Kenlauros s'unit aux cavales de Magnésie, au pied du Pêlion, et devient ainsi le père de la troupe merveilleuse des Cenlaurfs, dont le corps rappelle à la fois la nature de leurs mères et celle de leur père. Leur buste est celui d'un homme, ils ont la croupe et les sabols d'un cheval (lig. 153). Quant à Ixion, il
fut chàlic de son insolence. Jupiter chargea Hermès de l'attacher à une roue ailée qui l'emporta à travers les airs ; supplice qui fut placé, plus tard seulement, aux enfers '.
C'est dans ce dernier détail que les mythologues ont cherché l'explication de la fable- Ixion, en effet, d'après l'anulyse étymologique de son nom, est, à proprement parler, « l'homme à la roue, celui qui
tourne comme une roue » ^ Mais quel est le sens de cette expression? Adalbert Kuhn, se fondant sur le rapprochement, aujourd'hui contesté ', de Ksviaupo; et du Gandharva védique (le soleil caché dans la nuée), voyait dans le supplice dMxion, père des Centaures, une image de la roue solaire dont il est souvent question dans les traditions indoeuropéennes". Mais cette interprétation soulève plus d'une diFficuIté et ne rend pas un compte satisfaisant de la nature des Centaures. M. W. Mannhardt fait remarquer que, d'après le scholiaste de Pindare, Ixion périt emporté dans un tourbillon de tempête *, et il arrive à cette conclusion qu'Ixion personnifie Touragan ou la trombe qui tournoie. Le spectacle de ce redoutable phénomène avait inspiré, dit-il, à Timagination populaire la conception d'un mauvais génie qui habite dans la trombe, génie malheureux condamné à tourner avec elle comme s'il était attaché à une roue ^, On comprend alors comment Ixion s'unit à Néphélè, puisque Touragan, avant de s'abattre sur la terre, se forme au sein des nuages, et l'on s'explique la fosse de Teu où Ixion fait tomber Déïoneus, la trombe étant toujours accompagnée de phénomènes électriques. La première épouse d'Ixion, Dia (la céleste), n'est qu'une autre forme de Néphélè, car elle donne le jour à Pirithoos, dont le nom est la répétition de celui de son père " et la traduction du même phénomène.
C'est sur le sommet du Pélion, autour duquel s'amassent les nuées et d'oii se déchaînent les orages, que les habitants de la Thcssalie plaçaient le séjour des Centaures. Les noms divers qui leur sont donnés par les poètes grecs expriment tous les éléments de leur nature. Êtres sauvages à l'aspect farouche (Agrios, Mélaneus, Mermcros, etc.), à la force violente (Bianor, Eurynomos), vraies bêtes fauves (Arctos, Dcmoléon, Lykos), ils habitent les montagnes qu'ils font retentir de leurs redoutables clameurs (Téléboas, Ërigdoupos), ils hantent les forêts (Ilylœos, Dryalos, Peukeida;), dont les arbres leur servent d'armes dans les combats. En même temps, ils sont en rapport avec le feu et avec les pluies torrentielles (Phlégrœos, Pyrétos, Imbreus, Krènœos). La plupart de ces traits les rapprochent, comme l'a récemment établi
1. 'IÇtuv appartient a la même racine que le sanscrit akshas^ le grec a^uv, le latin axt'g (A. Kuhn, Herabkunft des Feuers, p. 69. M. Brcal, Mythe d'Œdipe, p. 10).